UNE PROMENADE PAR LA BEAUTE DES CONCERTS DE CASTAGNETTES ESPAGNOLES

La castagnette est, d’après les conceptions modernes, un instrument de la musique folklorique espagnole. On est par conséquent trop enclin d’oublier qu’elle a déjà existé dans l’Egypte ancienne. Il semble que la castagnette n’apparaisse dans sa forme définitive qu’à partir du début du IIème siècle après J.-C., mais une de ses formes la rattache à certains idiophones connus depuis la plus haute antiquité dans la Vallée du Nil.

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Classée parmi les idiophones dont le son se produit par entrechoc, la castagnette est apparentée aux planchettes entrechoquées. Elle est jouée à raison de deux paires par musicien. La castagnette représente une planchette épaisse de bois, dont la forme peut varier, mais dont la partie creuse à l’intérieur reste toujours l’élément essentiel. Généralement en forme de coque ou de coquille, l’instrument se compose de deux parties travaillées en une seule pièce : le col étranglé en haut, quelquefois percé pour lier les deux instruments par une cordelette et la partie inférieure qui donne à la castagnette sa forme caractéristique.

La castagnette est répandue dans les pays méditerranéens de l’époque Gréco-romaine. Son jeu est assez souvent représenté et les documents littéraires la mentionnent comme (Krouma) tout en la confondant à l’occasion avec le (Krotalon) ou le (Kremthalon). Certains passages d’après Hésychius et Eusthatius (cités par C. Sachs) (1), parlant de (Kouchélia) ne peuvent pas s’appliquer à la castagnettes mais à une sorte de cymbale primitive en coquillage

D’après la littérature musicologique spécialisée, la castagnette telle que nous la connaissons, aurait apparu en Espagne depuis l’antiquité. Les danseuses ibériques utilisant des (Kroumata) étaient célèbres au temps de l’Empire Romain, mais nous n’avons pu établir une date exacte pour leur première apparition). Il en est autrement pour les castagnettes égyptiennes dont la plus ancienne date du début du II siècle. Si on veut faire foi en certaines représentations d’instruments d’entrechoc qui pourraient être aussi bien des planchettes entrechoquées que des castagnettes, on peut aisément remonter jusqu’au Moyen Empire. Les planchettes entrechoquées, artificiellement creusées à l’intérieur, existent par contre déjà au début de l’Ancien Empire

Loin d’admettre que les castagnettes coptes représentent une importation grecque, nous croyons plutôt à une filliation ininterrompue qui, tout en partant des planchettes entrechoquées creusées, prenant souvent la forme de mains ou d’avant bras, mène directement vers les castagnettes en forme de «souliers», dans lesquelles nous voyons également des bras. Vue dans ce sens, la castagnette copte serait un instrument bien plus ancien que les crotales. M C Sachs voudrait voir dans ces derniers ou aussi dans les (Sagat), les ancêtres de la castagnette, mais nous croyons pouvoir affirmer le contraire: les planchettes millénaires se trouvent à l’origine de deux catégories d’instruments. En adoptant quelques cymbalettes attachées à leurs manches, elles deviennent crotales. En accentuant la partie creuse, elles deviennent castagnettes.

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On sait que la dent d’hippopotame n’est solide que vers sa pointe. On remarque, par contre, un creux vaguement triangulaire, à l’endroit de la cavité pulpaire (fig. 1). Or nous avons pu observer que ce creux naturel a été élargi et approfondi artificiellement, dès les époques les plus reculées. Quelques planchettes entrechoquées, datant des premières dynasties et trouvées à ‘Ezbet al-Walda, sont pourvues déjà de ces creux intentionnellement approfondis, ainsi que d’autres objets s’échelonnant d’après les grandes étapes historiques de la civilisation égyptienne.

Fig1

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C’est au Moyen Empire que cette manière de jouer est représentée pour la première fois. Nous devons chercher l’origine des Véritables castagnettes égyptiennes à la même époque.

Les représentations des tombes deet deà Meir, de la tombe deà Assouan (également de la XII dynastie), ainsi que celle deà Cheikh Abdel-Qournah montrent en effet quelques personnages jouant d’une sorte de claquette dont les manches correspondraient à la partie amaincie des castagnettes coptes. Le sculpteur n’aurait pu représenter autrement que par un appaississement la partie supérieure, partie supérieure, partie qui correspond à l’<épaule> et qui est creuse à l’interieur. En réalité recourbée, cette dernière semble simplement continuer, dans l’image, la ligne droite du manche.

L’ostracon 25046 (Cat. gén. du Musée du Caire) prouve d’ailleurs que la castagnette de cette forme était employée aussi par les danseuses du inouvel Einpire.

Fig2

Après leur transfert du Musée du Caire au Musée copte, c’est dans ce dernier qu’on trouve quelques exemplaires de castagnettes coptes en forme de « bras». Tous ces instruments ont été d’abord façonnés au tour en une seule pièce et fendus par la suite, comme l’ont fait remarquer MM Daressy et Sachs. La plupart des instruments du Caire, ainsi que ceux conservés au Musée de Berlin, viennent d’Ak-hmim, de Dahabieh (en face de Gebelein) et du Fayoum. Malheureusement ils ont été quelquefois enregistrés comme boites de toilette ou boites à fard, mais il s’agit incontestablement de castagnettes.

Fig 3

Fig 4

Le texte a été pris sur http://www.coptic.org/music/mena1.htm