Syndrôme de progéria, Ayacop, Wikimédia Commons

Progeria37-72

Progéria : une thérapie génique prometteuse testée sur des souris

Une nouvelle thérapie génique capable de réduire les effets de la progéria, maladie génétique rare qui entraine un vieillissement prématuré des enfants, vient d’être testée avec succès sur des souris.

Une nouvelle thérapie génique testée sur des souris a permis de réduire les effets de la progéria, aussi appelé syndrome d’Hutchinson-Gilford, sorte d’effet benjamin button à l’envers. Les enfants atteints de cette maladie génétique rare et incurable (1 naissance sur 4 à 8 millions selon le CNRS) provoque un vieillissement prématuré et accéléré.

Une équipe franco-espagnole à recréé par thérapie génique le même défaut génétique chez des « souris-modèles », afin de tester  les effets du traitements sur la pathologie. « La maladie est due à un gène muté du LMNA, qui engendre la production d’une protéine anormale et toxique, la progénine, qui s’accumule dans toutes les cellules », explique à National Geographic la chercheuse de l’Université de la Méditerranée, Annachiara De Sandre-Giovannoli, qui a participé à l’étude. Financée en partie par les dons du Téléthon, a été menée par Nicolas Lévy de l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (Inserm), associée au chercheur Carlos López-Otín de l’Université d’Oviedo (Espagne). Les résultats ont été publiés dans la revue  médicale américaine Science translational médicine le 26 octobre.

Jusqu’ici, l’approche thérapeutique observée par l’équipe était « basée sur l’idée de réduire les effets de la protéine en la modifiant génétiquement pour qu’elle soit moins toxique », explique Annachiara De Sandre-Giovannoli. Concrétisée par des « essais thérapeutiques cliniques aux Etats-Unis et en France », cette approche a cependant apporté des «résultats partiellement positifs ». « Nous avons constatés des effets bénéfiques au niveau de la densité osseuse”, ajoute la chercheuse qui précise que les résultats complets ne seront connus qu’en 2013.

Jusqu’ici, il existait déjà des modèles animaux, mais ces derniers ne reproduisaient pas le même « mécanisme pathologique ». L’essai thérapeutique réalisé récemment sur des souris génétiquement modifiées à permis de « reproduire exactement les anomalies qui ont lieu dans l’organisme des enfants », explique la scientifique. À partir de ce « modèle animal unique », les scientifiques ont élaboré un « traitement ciblé sur la mutation » en utilisant une « technologie dite des oligonucléotides antisens. « Les oligonucléotides sont des molécules chimiques qui se diffusent dans l’organisme et pénètrent les cellules, pour atteindre le noyau. Là, les molécules ciblent le premier produit du gène muté en l’empêchant de donner naissance à un protéine anormale », déchiffre Annachiara De Sandre-Giovannoli.

Comme chez les sujets humains, les souris malades présentaient dès trois semaines les signes du vieillissement : perte de poids, défaut de croissance, déformation osseuse, anomalie cardiovasculaire et métabolique. Leur durée de vie était écourté à une centaine de jours (entre 103 et 155), contre deux ans chez des souris en bonne santé.

Un traitement qui a permis de rallonger la durée de vie moyenne à 155 jours, (durée de vie maximale de 190 jours) et de réduire les symptômes de la maladie. “C’est révolutionnaire dans la progéria car le traitement n’avait prouvé son efficacité que sur les cellules des patients cultivés en laboratoire”.

Cette « preuve de principe » marque un tournant dans la recherche sur la maladie de ces enfants. Pour Annachiara De Sandre-Giovannoli, « cela prouve que l’on pourra transposer le traitement chez les enfants ».

Désormais, les scientifiques cherchent à trouver une autre voie d’administration que la voie intraveineuse, « trop compliquée et traumatisante pour un traitement sur le long terme chez des enfants atteints de cette maladie », afin de proposer dans le futur «un nouvel essai thérapeutique finalisé, d’améliorer la qualité de vie des malades et, si possible, prolonger leur durée de vie ».

Frédérique Josse

Sources : Inserm

Photos : Inserm, Wikimédia commons