Reportage dans le seul lycée Montessori de France

La pédagogie Montessori

« Mise au point par Maria Montessori (1870-1952), première femme médecin d’Italie, cette méthode est la première à considérer l’enfant en tant qu’individu – « chaque enfant est unique »

– et repose essentiellement sur l’éducation sensorielle. Particulièrement intéressante appliquée à la petite enfance, elle n’en concerne pas moins des enfants de tous âges :

on compte aujourd’hui 22 000 écoles Montessori dans le monde (de la maternelle au lycée), dont quelque soixante-dix en France (soit environ 3 000 élèves), où cette pédagogie connaît un spectaculaire regain d’intérêt (une douzaine de nouvelles écoles créées ces derniers mois). »

Nous avons visité le lycée international Montessori de Bailly (78). L’établissement propose une scolarité jusqu’au bac quand la plupart des écoles Montessori, en France, vont rarement au-delà des classes maternelles. Rencontre avec des jeunes très épanouis, grâce à un enseignement basé sur l’écoute et le respect de chaque individu.

Installée au fond de la classe, je me fais discrète pour assister à un cours d’espagnol où des élèves écoutent un cours sur Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille. Si leur niveau est inégal, chacun participe volontiers au cours, avec bonne humeur, d’autant qu’ils ne sont que 16 en classe.

À la fin du cours, je discute avec Julie, élève de seconde, qui a quitté le très chic collège de Blanche-de-Castille du Chesnay (78) après la troisième. « Je n’aimais pas du tout l’ambiance, et c’était vraiment trop sévère. Comme ma petite sœur était très épanouie en maternelle ici, mes parents ont décidé de m’y inscrire à mon tour ». Julie ne regrette pas :

« Ici, on se sent plus proches, plus libres et plus soudés ». D’autres élèves viennent spontanément me parler, très détendus. Tom, ado aux cheveux longs, prend la parole : « On voit une grosse différence entre ceux qui, comme moi, ont fait toute leur scolarité dans une école Montessori (ils sont plus responsables, plus à l’aise avec les adultes), et les autres ». Et il ajoute : « On nous fait vraiment confiance, on nous responsabilise et les professeurs traitent avec nous directement sans forcément passer par les parents ! »

Une approche pédagogique différente 

Le lycée international Montessori de Bailly (78) est le seul établissement Montessori qui prépare ses élèves au bac. Cet établissement dispense depuis près de 20 ans un enseignement selon une approche pédagogique inspirée de Maria Montessori.

Ce célèbre médecin italien du début du XXe siècle a inventé un enseignement basé sur l’écoute et le respect de chaque individu, considéré comme un être unique dans sa personnalité, ses besoins et ses envies. Elle a aussi développé des outils pédagogiques modernes (lettres mobiles, pyramides, cubes…) pour les jeunes enfants. « À l’origine, c’est ma femme qui a eu l’idée de créer cette école pour nos enfants, en particulier notre fille qui souffrait de leucémie », explique Adrien d’Esclaibes, qui dirige l’établissement avec son épouse. « Comme je travaillais dans l’immobilier, je me suis occupé de la partie technique », ajoute ce diplômé d’HEC et de Stanford, lui-même ancien élève des Frères des écoles chrétiennes de l’école La Rochefoucauld (Paris VIIe).

Quand l’école s’adapte aux élèves
Créer une école privée hors contrat est une gageure. Le couple a dû batailler contre l’administration. Aujourd’hui, le lycée international Montessori de Bailly (78) accueille 450 élèves de la maternelle à la terminale. Le lycée bénéficie de l’accréditation de la Cambridge University Local Examination Syndicate.

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Cela signifie que si des élèves souhaitent passer les examens de langue de Cambridge, ils peuvent les préparer et les passer chez nous », explique Sylvie d’Esclaibles. Les principes en vigueur dans l’établissement : « Nous voulons qu’il y ait une relation de confiance entre les élèves et les adultes. D’ailleurs, tout le monde se tutoie », explique-t-elle. « Ensuite, nous cherchons à nous adapter à l’enfant afin de développer tout son potentiel ». Ainsi, un élève de terminale bilingue va pouvoir sauter les cours de langue et prendre plus de cours de SVT ou de maths et un élève précoce pourra sauter plusieurs classes si son niveau le permet. « J’ai eu un élève de terminale qui avait de très mauvaises notes en classe, mais qui était très doué en musique. Dans ce cas, nous avons tout fait pour le mettre en valeur, et il est devenu l’idole de l’école. Non seulement il a eu son bac, mais il suit maintenant des cours de musique en Angleterre », cite Sylvie d’Esclaibles comme exemple.

Les professeurs, très disponibles, déjeunent avec leurs élèves en classe. Jorge, le prof de maths, est là toute la journée et peut au besoin aider un élève pendant un trou dans son emploi du temps. Et l’absentéisme ? La directrice n’esquive pas la question : « Comme je les connais bien, je les harcèle, je leur téléphone directement, et bien souvent ça marche. Il m’arrive aussi de leur proposer un emploi du temps adapté pour qu’ils prennent peu à peu l’habitude de revenir en cours ».

Pizza en salle de classe

Et tout est fait pour que les jeunes aient envie de venir. Halloween, Saint Patrick, nouvel an chinois, Pâques… sont joyeusement fêtés au sein de l’établissement. Un concert à Noël permet de mettre en valeur les solistes, les musiciens et la chorale. En juin, un spectacle de danse mobilise aussi tous les élèves.

Pour le déjeuner, pizza (il n’y a pas de cantine dans l’établissement) dans une salle de classe en compagnie de profs et des lycéens. L’un d’entre eux entame une partie d’échecs avec un petit de 5ème, qui a un an d’avance. Comme dans toutes les écoles hors contrat, les tarifs sont élevés : ils s’élèvent à cinq fois plus chers qu’une école privée sous contrat.

« Je croule sous les demandes en seconde. À cet âge, les parents acceptent bien volontiers de payer cette somme. Pourtant, il est dommage d’attendre d’être dépassé par son enfant pour l’inscrire ici, alors que c’est en maternelle et en primaire que l’enseignement, entièrement bilingue, serait le plus bénéfique ».