PRÉPARATION, RÔLE ET MISSION DE L’ÉDUCATEUR SELON MARIA MONTESSORI :

La quasi-totalité de la soi-disant action éducative se fonde sur l’idée qu’il faut obtenir l’adaptation directe et donc violente de l’enfant au monde adulte : une adaptation fondée sur une soumission incontestable et sur l’obéissance absolue  qui conduit à la négation de la personnalité de l’enfant.

Chez les enfants comme chez les adultes, l’esclavage favorise un sentiment d’infériorité
et produit un manque total de dignité.

Aujourd’hui, pour libérer l’enfant et pour mettre en lumière ses capacités, la grande difficulté ne consiste pas à découvrir une forme d’éducation réalisatrice mais à vaincre les préjugés de l’adulte à l’égard de l’enfant. On a cru qu’il suffisait, pour éduquer l’enfant, de lui enseigner des principes et de corriger ses défauts.
L’expérience a montré qu’il fallait, au contraire,  lui aménager une ambiance adaptée,
préparer les moyens nécessaires à son développement, et puis, transformer la personnalité de l’adulte dans ses rapports avec lui. Ce dernier point est, sans doute, le plus intéressant.

Pour que l’enfant meilleur affleure et manifeste son activité, il faut que l’adulte se corrige d’abord,
C’est là le point capital de la préparation des maîtres nouveaux.

L’obstacle, pour comprendre les enfants, réside en nous-mêmes.
Nous sommes tous des êtres plus ou moins déguisés et notre «moi» est caché sous un masque qui laisse difficilement passer la vérité. Non seulement l’enfant, mais nous tous,
nous reflétons de fausses apparences de l’humanité.

En chacun de nous existe un homme meilleur, et nous en sommes si conscients que,
de cette personnalité meilleure, naît une aspiration commune.
Eh bien, nous, nous disons que c’est cet homme meilleur qui est l’homme normal.
L’homme normal est un inconnu : et c’est l’enfant qui peut nous le révéler.

Nous ne pouvons pas nous poser en modèle vis à vis de l’enfant, puisqu’il devra nous être supérieur. L’enfant doit aller plus loin que nous. Il résoudra nos problèmes au moyen de connaissances neuves, inconnues pour nous aujourd’hui et au moyen de sentiments et d’attitudes morales que nous ne réalisons pas encore.

La normalisation de l’enfant doit entraîner celle de l’adulte et du milieu et, c’est pour cela que, pratiquement, elle porte en soi la réforme de l’humanité.
La vie morale en est universellement touchée et l’adulte se trouve en face de l’enfant
dans la nécessité de se corriger lui-même et de s’améliorer.

Dans les profondeurs de l’âme de l’enfant, il existe une lumière créée par lui qui ne peut lui venir ni par nous ni par notre monde, l’âme enfantine possède sa propre lumière qui est une énergie créatrice  destinée à construire la personnalité, à former l’homme.

La préparation que notre méthode exige du maître  est l’examen de lui-même, le renoncement à la tyrannie.


Il doit chasser de son coeur la vieille croûte de colère et d’orgueil ; s’humilier, se revêtir de charité : voilà les dispositions d’âme qu’il doit acquérir.
L’adulte et l’enfant doivent s’unir ; l’adulte doit se faire humble et apprendre de l’enfant à être grand.
L’enfant devient celui qui peut nous aider, en nous révélant les secrets de notre origine,
les voies de notre construction.

La première chose à faire pour enseigner dans une école Montessori consiste à renoncer à sa toute-puissance pour s’apprêter à observer avec joie.
La maîtresse n’observera pas dans le but de faire sentir sa présence ni d’assister les plus faibles grâce à sa force : elle observera pour reconnaître l’enfant  qui a atteint la possibilité de concentrer son attention et pour contempler « la glorieuse naissance de l’esprit ».
Le résultat de la concentration, c’est le réveil du sens social et la maîtresse doit être préparée à le suivre… L’enfant qui manifeste sa « normalité » donne deux indications, une tendance vers l’ordre et la discipline et le besoin d’un milieu adapté à son activité créatrice.

Le maître qui croirait pouvoir se préparer à sa mission uniquement par l’acquisition de connaissances se tromperait : il doit, avant tout, créer en lui certaines dispositions d’ordre moral.
Loin de servir une foi politique ou sociale, l’enseignant devrait travailler au service de l’être humain tout entier, pour qu’il soit en mesure d’exercer librement sa volonté et son esprit critique.

Ce qu’il nous faut supprimer,  ce n’est pas l’aide apportée par l’éducation : c’est notre état intérieur, notre attitude d’adulte qui nous empêche de comprendre l’enfant.
Il nous faut insister sur la nécessité pour le maître  de se préparer intérieurement ; en s’étudiant lui-même avec une constance méthodique, il faut qu’il arrive à supprimer chez lui ces défauts qui feraient obstacle au traitement de l’enfant.
Et pour découvrir ces défauts logés désormais dans la conscience, il lui faut une aide extérieure, une instruction.

La préparation intérieure n’est pas une préparation générique, une personne qui cherche constamment à élever sa propre vie intérieure peut rester inconsciente des défauts qui l’empêchent de comprendre l’enfant.


Il est donc nécessaire que l’on nous enseigne et que nous nous laissions guider. Il nous faut nous éduquer si nous voulons éduquer.

On a toujours reconnu qu’un éducateur devait être calme. Mais on envisageait ce calme qu’au point de vue de son caractère,  de ses impulsions nerveuses.
Il s’agit ici d’un calme plus profond : d’un état de vide ou, plutôt, d’un manque  d’encombrement mental d’où découlerait une limpidité intérieure, un détachement de toute attache intellectuelle.

C’est « l’humilité spirituelle » qui prépare à comprendre l’enfant et qui devrait être la préparation essentielle de la maîtresse.

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Aussi, n’est-il pas suffisant  que la maîtresse se borne à aimer l’enfant et à le comprendre
il lui faut d’abord aimer et comprendre l’Univers. Il faut donc qu’elle-même se prépare et travaille.

La maîtresse devient véritablement l’exemple de ce que devrait être la mère : la gardienne et la protectrice de la vie.

Son art est d’être toujours prête à répondre et à aider là où c’est nécessaire. La maîtresse doit se rappeler que les réactions de défense et, en général, les caractéristiques inférieures par lesquelles passe l’enfant, sont des obstacles à l’ouverture de la vie spirituelle et que l’enfant doit s’en libérer lui-même c’est le point de départ de l’éducation.

Le devoir de la maîtresse est de montrer la voie de la perfection, en apportant les moyens et en écartant les obstacles, à commencer par ceux qu’elle-même représente  car elle peut être un grand obstacle.


Il ne s’agit pas de laver l’enfant s’il est sale, de réajuster ou de nettoyer ses vêtements, nous ne servons pas le corps de l’enfant ; nous savons que c’est de lui-même qu’il doit se développer :
la base de notre enseignement est que l’enfant ne soit pas servi dans ce sens.

Il doit acquérir une indépendance physique en se suffisant à lui-même, une indépendance de la liberté, par le libre choix, une indépendance de pensée,
par le travail auquel il se livre et sans être interrompu.

La maîtresse doit éviter le superflu, mais ne doit pas oublier le nécessaire.
L’apport du superflu et le manque du nécessaire  sont les deux principales erreurs ; la ligne de démarcation entre ces deux extrèmes  indique le niveau de perfection…

Il existe chez les tout-petits un état mental inconscient, créatif, que nous avons  appelé « l’esprit absorbant » qui se construit non grâce à des effort volontaires
mais guidé par des « sensibilités » internes que nous appelons les « périodes sensibles ».

Quand le but déterminé d’une période sensible n’est pas atteint, cette énergie prend les formes les plus variées ; celles que nous appelons, entre autres,  les caprices, la méchanceté de nos enfants…
De cette déviation d’énergie résulte une fonction manquée, une altération de caractère,
le plus souvent la paresse puis, la répugnance au travail. Si la maîtresse ne sait pas distinguer la pure impulsion de l’énergie spontanée naissant dans un esprit en paix, son rôle sera stérile.
Son action efficiente repose sur la distinction entre deux sortes d’activités, ayant chacune une apparence de spontanéité, puisque, dans les deux cas, l’enfant agit de sa propre volonté,
mais dont la signification est totalement opposée.

Lorsque la maîtresse a acquis ce pouvoir de discrimination,

elle peut devenir une observatrice et un guide.Elle enseigne peu, observe beaucoup ;
par dessus tout, sa fonction consiste à « diriger »les activités psychiques des enfants
et leurs développements physiologiques.
Les maîtresses doivent savoir clairement que leur devoir est de guider, et que l’exercice individuel est l’oeuvre de l’enfant : ce n’est qu’après avoir fixé cette conception qu’elles sont capables d’appliquer rationnellement une méthode destinée à guider l’éducation spontanée de l’enfant, et de lui communiquer les notions nécessaires.

Notre plus grand triomphe sera toujours d’obtenir le progrès spontané de l’enfant.

Le travail de la nouvelle maîtresse est celui d’un guide.Elle guide pour l’utilisation du matériel, pour la recherche des mots exacts, pour éclairer chaque travail ; elle guide pour empêcher toute perte d’énergie, pour éventuellement redresser l’équilibre.

Pour être un guide sûr et pratique, il lui faut s’exercer beaucoup. Pour connaître le matériel,
la maîtresse ne doit pas se contenter de le voir, de l’étudier d’après le livre ou d’en apprendre l’usage suivant l’exposition d’une théorie.

        

Il lui faut s’exercer longuement, chercher à apprécier par l’expérience,  les difficultés ou l’intérêt que peut représenter chaque objet…si, par la suite, elle montre autant de patience
qu’un enfant à répéter l’exercice, elle pourra mesurer, par elle-même,  l’énergie et la résistance dont il est capable à un âge déterminé.

Ce qui est nécessaire, c’est que le milieu ne soit surchargé de choses inutiles. Les objets superflus créent la confusion et fatiguent. Le matériel est utile à l’élévation de l’esprit,  au développement de la personnalité, mais on doit se limiter au strict nécessaire, une place fixe est réservée aux objets mais non aux enfants.

Le jouet, du moins en général, ne se prête à aucun exercice exact,  ne présente aucun but utile
et les activités complexes réclamées par un développement normal ne peuvent s’exercer.
L’objet n’a qu’une valeur extérieure et c’est ainsi que se fixe cette déviation  si répandue que nous appelons la « possession ».
La dépendance et la possession sont les deux déviations principales
qui entravent tout d’abord le travail constructeur.

Dès la période initiale, alors que la première concentration n’est pas encore apparue,
la maîtresse est comme la flamme dont la chaleur active, vivifie et invite. Elle n’a pas à craindre de déranger quelques processus psychiques importants, puisque ces processus ne sont pas encore en route.

Avant que vienne la concentration, la maîtresse peut se permettre à peu près ce qu’elle veut :
elle peut intervenir dans l’activité de l’enfant quand elle le juge nécessaire.

Les maîtresses qui arrivent dans nos écoles doivent avoir une espèce de foi que l’enfant se révèlera grâce au travail.


Elles doivent se détacher de tout préjugé quant au niveau auquel les enfants peuvent se trouver.
La maitresse doit croire que l’enfant qu’elle a devant elle montrera sa véritable nature quand il trouvera un travail qui l’attachera.

L’homme naît quand son âme prend conscience, se fixe, s’oriente, choisit.

Il ne nous suffit pas de nous occuper des besoins matériels de l’enfant, il faut lui ouvrir la voie au développement spirituel,
il faut, dès le premier jour, respecter les mouvements de son âme et savoir les seconder.

La véritable éducation nouvelle consiste à aller tout d’abord à la découverte de l’enfant et à réaliser sa libération.
Le point central de la question se rapporte à la façon dont on doit considérer l’enfant :
point de vue qui ne peut-être envisagé de l’extérieur seulement, comme s’il s’agissait d’une connaissance théorique sur la façon de l’instruire ou de le corriger.

La maîtresse qui veut se consacrer à cette éducation doit bien se convaincre de ceci :
qu‘il ne s’agit pas d’enseigner à l’enfant des connaissances, les dimensions, les formes, les couleurs… au moyen d’objets.

Avant toute chose, le premier devoir de l’éducateur – qu’il s’occupe d’un nouveau-né ou d’un enfant plus âgé –consiste à reconnaître et à respecter la personnalité humaine de cet être nouveau.

La maîtresse doit connaître et vivre le secret de l’enfance. L’adulte ne peut devenir un maître d’amour  sans s’y préparer tout spécialement et sans ouvrir les yeux de sa conscience pour découvrir un monde plus vaste.
Le plan psychique et le plan technique des relations entre la maîtresse et l’enfant
sont parallèles à ceux des serviteurs : servir et servir bien, servir l’esprit.

Le maître que sert la maîtresse : c’est l’esprit en formation de l’enfant, quand celui-ci montre un désir, elle doit être prompte à le satisfaire.

Quand on sert les enfants, on comprend que l’on sert l’esprit de l’homme,
l’esprit qui doit se libérer
. La maîtresse d’enfants de moins de 6 ans sait qu’elle a aidé l’humanité dans une période essentielle de sa formation.

Outre que la maîtresse doit mettre l’enfant en relation avec le matériel, elle doit aussi le mettre en relation avec l’ordre qui l’entoure. La pratique a prouvé qu’une maîtresse vivante est attrayante et tout le monde peut être vivant, il suffit de le vouloir… c’est là le second aspect du comportement de la maîtresse.

Le soin de la personne doit donc faire partie de l’ambiance : la maîtresse est un élément de l’ambiance, ce soin, que doit précéder tout autre, est un travail indirect.

En servant les enfants, on sert la vie, en aidant la nature, on s’élève au degré supérieur de la super-nature : or, une loi de la nature est de monter continuellement.

Que je sois riche ou pauvre, peu importe, si je puis atteindre ma pleine personnalité, le problème économique se résoudra de lui-même. La justice, c’est donner à chaque être humain l’aide qui peut lui permettre d’atteindre sa pleine stature spirituelle et seconder l’esprit aux moments où ses énergies peuvent lui permettre d’atteindre cette stature.

Notre idée n’a jamais été d’accélérer les études mais seulement de répondre aux besoins psychiques manifestés par les enfants.
L’homme intelligent éprouve le besoin naturel d’exercer son intelligence.

Les défauts que les éducateurs de tout temps ont rencontré chez leurs élèves : le mensonge, la timidité, la peur, l’avarice, la rage de propriété, l’égoïsme, sont produits par des déformations survenues pendant la construction de l’homme.

Il est évident que la nature, parmi les missions confiées aux enfants, a inclus celle de pousser l’humanité adulte à un niveau supérieur.
Elle nous porte vers un niveau spirituel plus élevé  et résoud les problèmes du niveau matériel.

Les caractéres et la personnalité sont créés et fixés au feu de la nature et non modelés à froid : c’est cela qu’il faut savoir.
Notre tâche consiste à accompagner l’enfant sur le chemin qui conduit vers des réalités plus élevées que seule l’imagination peut saisir.

La conscience de l’homme naît comme une boule flamboyante d’imagination, tout ce que l’homme a inventé, matériel ou spirituel qu’il soit, est le fruit de son imagination.

Nous marcherons ensemble sur ce chemin de la vie, car toutes les choses font partie de l’Univers et sont reliées entre elles pour former un tout unique.
Ce concept aide l’esprit de l’enfant à se fixer et à arrêter son errance en quête de connaissance.

Il en sera satisfait parce qu’il aura enfin découvert le centre universel de lui-même et de toutes les choses.

Maria Montessori (1870-1952 )

http://www.montessori-formations.fr/