N°3 ENFANCE ET CHANSONS PEDAGOGIE DE LA MUSIQUE ET DU MOUVEMENT DE Anne-Marie Grosser

Les jeux chantés de la naissance à 2 ans…

Les jeux chantés de la naissance à 2 ans... Les jeux chantés de la naissance à 2 ans...
Disponible chez www.formulette.fr.

Les jeux-chantés – qui comprennent : amusettes, câlinettes, chatouilles, chants de portage, berceuses, enfantines, formulettes, jeux de doigts, rimailles, sauteuses… – sont universels.
Ils permettent d’enrichir le quotidien du bébé et du petit enfant, en joignant l’agréable à l’utile. Être lavé, changé, baigné, nourri, habillé, couché, peuvent être autant de prétextes pur un corps à corps, un regard à regard, dans la détente et la joie.

Le chant peut être proposé à l’enfant avant sa naissance. Comme on choisit un prénom, il est bien de lui choisir une berceuse ou une câlinette, qu’on lui chantera durant la grossesse, qu’il retrouvera avec joie à sa naissance et entendra avec émotion tout au long de sa vie.

Dans le jeu, l’enfant s’investit totalement. Son être physique, émotionnel, affectif et créatif, se construit, se modifie et s’enrichit. Il met à l’épreuve et développe son équilibre, son orientation spatiale, ses réflexes et ses possibilités motrices.

Les jeux-chantés proposés dans ce recueil viennent, pour la majorité, de la tradition orale enfantine. Ils permettent à l’enfant d’explorer son univers avec les mains et les pieds, les oreilles et les yeux, la peau et le corps tout entier. Ils favorisent son imprégnation de paroles, de poésies, de rythmes, de chants et de jeux… Mais, plus que tout, ils satisfont son intense et constant besoin de communication avec son entourage.

Si le petit entre dans sa langue et sa culture maternelles de façon agréable et joyeuse, c’est tout son éveil, son intérêt, sa réceptivité au savoir qui se trouvent grandements ouverts.

Les premiers mois, c’est l’adulte qui fait faire les jeux-chantés l’enfant, puis, peu à peu, l’enfant les fera lui-même, puis avec d’autres enfants…

Dodo m’amour

Dodo m’amour
Sur un coussin d’velours.
Dormez tant que vous voudrez,
Maman viendra vous bercer.
Dodo m’amour
Dodo m'amour

Quelques phrases pour tranquilliser l’enfant.

Je secoue ma petite paillasse

(a) Je secoue ma petite paillasse
(b) Je fais mon petit lit.
(c) Qu’est-ce que je vois ?
(d) Une petite souris !
(e) Qui monte, qui monte…
Guili, guili…
(a) Secouer légèrement l’une des mains du bébé
(b) en caresser la paume (comme pour lisser les draps),
(c) mimer de l’étonnement,
(d) faire les « marionnettes » avec l’une de ses mains (pour imiter une petite souris),
(e) « monter » le long du corps de l’enfant en « marchant » avec deux doigts, jusqu’à la chatouille dans le creux du cou.
Je secoue ma petite paillasse

À la balançoire

A la balançoire

À la balançoire,
Tout le long du soir,
Tout le long du Paradis,
Saute la p’tite souris.
L’adulte balance doucement l’enfant d’avant en arrière et sur « Saute la p’tite souris », il l’élève à bout de bras.

Rondin, rondinette

Rondin, rondinette,
Allons faire la dînette,
Au bord du petit ruisseau,
Avec les petits oiseaux :
Plouf ! dans l’eau !
Rondin, rondinette

Selon l’âge et la tenue du petit enfant, la « renverse » peut être un simple mouvement vers l’arrière ou un brusque écart des genoux de l’adulte.

Nicolas sur son cheval

(a) Hop et hop ! sur son cheval,
Nicolas va-t-au village ;
Hop et hop ! sur son cheval,
(b) Nicolas n’a pas vu le gué.
(c) Et hop ! (d) et floc !
(e) Nicolas est tout mouillé !
(a) C’est d’abord une sauteuse simple, puis à (b) le mouvement s’arrête brusquement, (c) pour un « envol », (d) pour une « renverse » et (e), l’enfant est doucement secoué comme pour l’égoutter. Nicolas sur son cheval

Trois jolis p’tits cavaliers

Trois jolis p'tits cavaliers

N’avez-vous pas vu passer,
Trois jolis p’tits cavaliers ?
Oh si !
M’ont-ils beaucoup distancé ?
Oh non !
Pourra-t-on les rattraper ?
Mais oui !
Au pas, au pas, au pas,
Au trot, au trot, au trot,
Au galot, galop, galop…
Voici une sauteuse où les premières phrases peuvent être accompagnées d’un rythme haut-bas habituel, ou gauche-droite.
Pour ce deuxième mouvement, l’adulte ne rythme plus avec ses deux genoux simultanément mais successivement.
Sur les trois dernières phrases, l’adulte peut faire les rythmes avec ses genoux, ou interrompre la sauteuse, et faire les rythmes avec les mains de l’enfant.

Toutes les partitions sont notées :

Les jeux chantés de la naissance à 2 ans...

Extrait du recueil
(cliquez sur l’image pour l’agrandir)

Partition

Les progrès que peut faire le petit d’homme entre la naissance et la fin de la deuxième année sont immenses. Les jeux-chantés, qui contribuent à ce que ces premiers mois si décisifs enchantent la vie de l’enfant, laisseront une empreinte durant toute son existence.

Miniatures de notre patrimoine, ces jeux-chantés de la petite enfance, par leur dimension (rarement plus de quatres phrases), leur simplicité, leurs mouvements évidents, donnent à l’enfant ses premiers modèles de poésies, de chansons, de rythmes, de jeux multiples et de rencontres…

La chanson, qui a toujours eu pour fonction d’accompagner l’homme dans les moments importants de sa vie – enfance, amour, travail, fêtes, cérémonies, joies et peines – est une expression musicale intimement liée à la parole.

Les paroles des formulettes et des chansons mêlent quotidien et imaginaire.

– Pour le corps : une petite jambe bouge, une autre se balance, le visage se transforme en maison – les yeux sont des lumières ou des fenêtres, la bouche une porte ou un four – et la paume d’une main, un petit bassin où les oiseaux vont boire…

– Pour les personnages : si certains peuvent être communs, comme Jean qui rit ou Jean qui pleure, ou Cécile qui danse, chante et dort, d’autres sont quelque peu bizarres : La petite Jabotte n’a ni bas ni bottes, Mignonne fait la claquette, un Papi vole, une grand-mère est enfermée dans une boite de chicorée, une mère Nicolas a cassé ses sabots… Et il y a même quelques entités étranges, comme une « dormette » pour aider l’enfant à s’endormir, ou un « petit marchand d’galettes » pour le consoler.

– Les animaux sont nombreux : moineau, oies, papillon, poulette, chat, caneton, pigeon, coccinelle, une souris qui chatouille, un poisson qui tourne en rond, une fourmi qui pique, un cheval trop petit, un petit rat qui va à Paris…

– Quant à l’environnement, voilà un ruisseau et une rivière toutes calmes ou qui débordent, un bateau qui se balance ou chavire, un verger plein d’arbres fruitiers, un petit moulin qui tourne, mais aussi des objets peu usuels comme une girouette ou un éventail…

– Tous ces dires enrichissent le vocabulaire d l’enfant, et lui promettent d’autres rencontres de personnes, d’annimaux, de lieux, et de tant d’aventures à venir…

Les mouvements et les jeux permettent très tôt la découverte des différentes parties du corps – et plus particulièrement des mains et des doigts – et de leurs premières possibilités motrices.
Si les gestes et les mouvements de la vie quotidienne permettent à l’enfant de se situer dans l’espace (il est dans son lit et dans son bain, mais il est sur la table à langer et sur les genoux de l’adulte) ; les jeux-chantés ajoutent le vécu des mouvements droite-gauche des berceuses et des consolettes, les mouvements avant-arrière des chansons de bateau, les mouvements haut-bas des sauteuses et de tous les jeux qui se terminent par une « renverse » et/ou un « envol », et les mouvements rotatoires (mélange de droite-gauche et de avant-arrière) avec les moulinets, les jeux de tresse et les tours.

Le « toi et moi », indispensable à la socialisation, est présent dans presque tous les jeux-chantés. L’enfant doit partager l’espace – comme les jouets et les objets de son environnement – avec l’Autre : parents, fratrie ou autres enfants, et c’est avec cet Autre qu’il doit apprendre à communiquer, à construire et à vivre.