Les soins, les traitements et l’éducation des enfants qui ont besoin d’une éducation spécial

Laïa DE GROOT

INTRODUCTION

Les soins, les traitements et l’éducation des enfants qui ont besoin d’une éducation spéciale, ont changé avec les nouveaux apports de la médecine et de la technologie. D’orthopédique, notre compréhension de la paralysie cérébrale devint neurophysiologique. Ce fut surtout dans une perspective ontogénique et quelquefois phylogénique.

Le traitement et l’éducation furent, et sont encore, considérés comme deux choses distinctes. De plus, le développement de l’enfant n’est pas vu dans La globalité, mais plutôt conçu selon des séquences distinctes, ce qui fait que les différents aspects fonctionnels pathologiques sont abordés par des thérapeutes distincts, et le développement de l’enfant trop fragmenté le rend de plus en plus dépendant de l’entourage.

Lorsque Après la seconde guerre mondiale, Andras Petö fut conduit à mettre en place une unité de rééducation pour enfants souffrant d’atteinte cérébrale, il le fit avec une vision différente du développement.

Andras Petö était un neurologue et un éducateur spécialisé de Budapest. En 1945, il ouvrit un institut d’éducation pour des sujets souffrant de troubles résultant d’atteinte cérébrale. La population de l’Institut était composée d’enfants souffrant d’atteintes chroniques cérébrales non évolutives (appelées plus tard paralysie cérébrale), et d’enfants atteints de spina bifida. L’institut est également un centre de rééducation pour adultes, mais il n’en sera pas question dans cet article.

 

L’Institut dépend du ministère de l’Éducation spéciale, ce qui est relativement exceptionnel, alors que dans la plupart des pays, la réadaptation des sujets handicapés est sous la tutelle du ministère de la Santé, et par conséquent, professions médicales et paramédicales.

L’Institut Peto est organisé en internat et en externat. Depuis la mort d’Andras Peto en 1867, l’Institut est placé sous la direction du docteur Maria Hari.

En quoi consiste la différence avec les autres méthodes utilisées dans nos sociétés ?

Selon la philosophie de Petö, L’enfant dont le cerveau est lésé, souffre d’une dysfonction totale qui affecte beaucoup de domaines spécifiques de son développement tels que: les mouvements volontaires et les postures de redressement, mais aussi les fonctions telles que l’audition, la vue, le langage et l’intelligence.

Il vit son état de dysfonction comme un problème dans le processus de ses apprentissages moteurs. Aux yeux de Petö, cet état peut s’améliorer par une méthode de guidance et un entraînement spécifique. Une méthode qu’il appela: l’éducation conductive.

Le but final de l’Institut est la normalisation fonctionnelle de l’enfant. C’est-à-dire son aptitude à agir comme un membre à part entière de la société, de s’intégrer dans les lieux ordinaires de son âge tels que jardins d’enfants ou lieux de travail, sans avoir besoin de chaise roulante et/ou d’adaptations particulières dans les toilettes par exemple.

L’éducation Conductive est un système éducatif pour l’enfant dans sa globalité et c’est une philosophie bien différente des méthodes thérapeutiques aussi appelées méthodes neurophysiologiques, telles que celles de Vojta et de Bobath.

Dans la réflexion de Petö, l’atteinte du cerveau ou les troubles d’apprentissage moteur affecte la prise des informations et leur  » feed-back « , ce qui étouffe la motivation de l’enfant et entraîne secondairement des retards de développement. Les mouvements stéréotypés de l’enfant souffrant d’incapacité motrice rendent difficiles son développement et son adaptation à l’environnement. En raison de son incapacité physique, l’enfant se sent frustré, il se repliera sur lui-même, passif et dépendant (De Groct, 1989). A la fin, cela aura des conséquences sur le développement de sa personnalité et le rendra dysfonctionnel (Haug, 1988; Todd, 1 990).

 

Un être  » dysfonctionnel  » dans le concept de Peto, est incapable d’une adaptation adéquate et ne peut exercer ses fonctions d’une manière indépendante. L’être dysfonctionnel ne sait pas apprécier ses propres besoins, ne sait pas résoudre ses propres problèmes, et est dans l’incapacité d’apprendre par le biais de ses propres expériences.

Petö voit l’enfant au cerveau lésé avant tout comme un enfant ayant des problèmes cognitifs. Ainsi, selon son opinion, les enfants au cerveau lésé n’ont pas besoin de traitement, mais ont besoin d’une conduite éducative spéciale pour les aider à surmonter leurs problèmes spécifiques.

Pour atteindre cet état d’orthofonction  par le moyen d’un mécanisme approprié, il faut suivre une voie différente pour chaque enfant, et Peto créa un système, un entraînement éducatif intensif, enseignant un programme qui devrait conduire l’enfant à un niveau fonctionnel: c’est l’éducation conductive.

Quels sont les points caractéristiques de la méthode Peto

– l’Institut

– Le Groupe

– Le conducteur

– L’intervention rythmique.

Les fonctions de l’Institut sont nombreuses. En premier lieu, L’institut est responsable des enquêtes épidémiologiques et des définitions des handicaps en Hongrie.

En second lieu, il a la charge des programmes d’éducation conductive en tant que telle, et aussi de la formation des conducteurs. L’Institut est sensé faire l’évaluation et le suivi des enfants, une fois qu’ils l’ont quitté. Le but étant l’intégration à l’école ordinaire et le conducteur suit l’enfant au cours de son intégration.

Un aspect frappant du bâtiment moderne dans lequel l’Institut est maintenant installé, est le grand escalier de l’entrée. Il ne fut pas conçu par un architecte lourdaud, mais il est le témoignage de la philosophie de Petö pour l’entraînement à la confiance en soi.

Les grandes pièces bien dégagées sont multifonctionnelles . Un groupe d’enfants dort, mange et se livre aux activités de l’éducation conductive dans la même salle. La salle peut être divisée, quand cela est nécessaire, par un partage en différentes pièces plus petites. Un ensemble toilettes et cuisine appartient à chaque groupe distinct.

Petö fut grandement influencé par les idées de Pavlov et croyait qu’un environnement très reposant, ainsi que le minimum possible de stimulations sont adéquats pour une situation éducative optimale. Ainsi, il n’y a pas d’images enfantines, ni de jouets en exposition, excepté quand ils sont nécessaires pour l’enseignement dans un exercice .

L’ameublement est constitué de tables, de lits et de bancs pour les exercices. Les meubles peuvent être disposés de différentes manières selon la situation d’enseignement. Les planches de bois, des traverses sont placées de telle manière que l’enfant peut se servir de ses mains et ainsi s’expérimenter à prendre des points d appuis pour pouvoir se mouvoir. Il est insisté fortement sur la prise manuelle de l’enfant paralysé cérébral, parce que c’est une fonction basale qui conduit à la correction fonctionnelle dans les activités quotidiennes et qui procure aussi à l’enfant des points de référence dans l’espace, une forme de contrôle postural extérieur, dont l’enfant paralysé cérébral a impérativement besoin.

Il n’y a pas d’aides techniques pour aider à la marche. L’enfant apprend à maîtriser ses propres problèmes par l’utilisation des membres et de quelques cannes. Pour les plus jeunes, il est quelquefois utilisé les battes  » Petö  » pour corriger les positions des pieds.

Petö avait foi dans l’éducation en groupe. C’est en opposition avec les méthodes de traitement de Vojta et de Bobath qui traitent l’enfant individuellement. Pour maintenir la concentration et la motivation de l’enfant, il utilisait l’esprit naturel de compétition. La loi du groupe est également un facteur positif pour atteindre les buts éducatifs.

La sélection et la composition du groupe est d’une grande importance. Le niveau fonctionnel des enfants d’un groupe doit être plus ou moins le même. Le groupe peut être divisé en sous-groupes, selon leur habileté, mais ils travaillent aux mêmes tâches. Le groupe est composé de dix à vingt enfants. Ils travaillent et mangent dans la même pièce. Peto disait:  » Plus le groupe est important, mieux c’est « . En tant que groupe, les enfants s’encouragent par eux-mêmes et entre eux.

Pour atteindre une uniformité de vue de philosophie et de technique, Petö forma une nouvelle profession, afin de pourvoir aux besoins de l’enfant atteint cérébralement. Il l’appela un  » conducteur « , parce que les conducteurs mènent le groupe d’enfants comme s’il s’agissait d’un orchestre. Le conducteur réunit les fonctions de physiothérapeute, d’ergothérapeute, d’orthophoniste, de psychologue, d’enseignant et d’infirmière. Le conducteur , est un spécialiste pour le domaine de la paralysie cérébrale. En opposition avec les méthodes conventionnelles de traitement utilisées dans la plupart des pays, le processus d’éducation et de rééducation se trouve entre les mains d’un seul professionnel hautement qualifié. L’évaluation individuelle, le programme et la méthode d’enseignement, sont complètement établis par la personne qui a la responsabilité de l’analyse et des séances d’enseignement.

Par l’observation des enfants dans des situations très variées faites pour beaucoup dans la vie pratique, le conducteur, rassemble les informations sur les déficiences et les dysfonctions des enfants. Cela lui permet d’analyser une épreuve et de la décomposer en éléments qui sont évalués avec beaucoup de soin selon le niveau de difficulté. C’est dans la décomposition d’une épreuve en petits éléments que réside l’habileté du conducteur à proposer les voies de l’enseignement. Le conducteur ne donne pas à l’enfant les solutions de ses problèmes spécifiques, mais il lui donne les outils pour trouver lés solutions à ses propres problèmes. Ceci accroît la confiance en soi et la structuration de la personnalité. Le  » conducteur  » doit prévenir les approches inappropriées et les échecs de l’enfant.

De cette manière, la voie de la correction fonctionnelle prend forme. Il s’agit d’une forme individuelle d’adaptation, cela veut dire que chez un même enfant, différentes fonctions peuvent se développer à des moments différents et à un rythme différent.

Par le fait que le système éducatif est réuni en une seule personne, l’enfant est soumis à une approche dans la continuité, ce qui le sécurise et le préserve.

L’Institut est responsable de l’éducation et de la formation du « conducteur »  qui est une profession demandant quatre années de formation. Le conducteur est également qualifié pour enseigner en classe primaire et pour l’enseignement des bases musicales.

Une technique spéciale utilisée dans l’éducation conductive est  » l’intention rythmique ; elle est conforme aux principes des théories de l’apprentissage de l’Europe de l’Est qui s’appuient sur les idées de Luria et Yudovich (1977). Luria était convaincu que le langage permet un contrôle intrinsèque et par là un contrôle du mouvement, et s’il est utilisé en tant que support de mouvements répétés par séquences, il aide à apprendre le mouvement.

L’intention verbale répétée prépare le groupe à l’action et donne au conducteur la possibilité de travailler avec un groupe et de garder le groupe motivé et en éveil. L’enfant compte, parle, chante à haute voix durant l’exercice et c’est bénéfique. Une facilitation entre la parole et la fonction apporte la correction du comportement et la concentration de l’enfant, et il opère une autostimulation ou un mécanisme autodirectif . Même s’il y a peu de réceptivité ou d’expression orale, la répétition quotidienne rythmique de commandes et de chansons apportent un certain mouvement conditionné.

Le but principal de l’éducation conductive est d’intégrer l’enfant handicapé dans les écoles normales et la société. Elle veut prévenir les retards mentaux secondaires qui viennent souvent d’un manque de motivation et d’un environnement trop thérapeutique. L’éducation conductive est une voie d’apprentissage optimiste, s’appuyant sur la structure du groupe, elle incite au développement de la fonction, à l’aptitude à réaliser des activités de la vie quotidienne, toujours enseignées par une personne qualifiée, le  « conducteur » .

L’Éducation conductive peut-elle être utilisée pour des enfants paralysés cérébraux atteints de retard mental modéré ou sévère ? Certainement, quand l’esprit de l’éducation conductive est conservée et les modulations scolaires adaptées, cette méthode peut être bien adaptée.

Il est peut-être temps de commencer à réfléchir sur ce qui est écrit plus haut maintenant que le fossé existant entre les services paramédicaux et l’éducation spéciale est en train de se combler dans la plupart des pays. L’équipe pluridisciplinaire peut devenir monodisciplinaire, de nombreuses animosités professionnelles peuvent être réduites et plus de temps peut être consacré à l’enseignement des enfants.

 

· Kinésithérapeute pour enfants. Ph D. Faculté des Sciences du Mouvement, Université Libre, Amsterdam,