Les mots qui blessent vos enfants

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Certaines petites phrases sont moins inoffensives qu’elles n’en ont l’air.

En apprenant que son fils a une fois de plus oublié ses cahiers à l’école, le père le plus compréhensif risque de grommeler: «Comment peut-on être aussi tête folle!»

Même à bout de patience, il faut que vous sachiez éviter certaines petites phrases humiliantes. «Les parents doivent apprendre à maîtriser leur colère et leur frustrations quand ils grondent un enfant», dit Donald Keat, psychologue pour enfants et professeur à l’université d’État de la Pennsylvanie.

Huit de ces petites phrases, hélas! très répandues, peuvent blesser profondément l’amour-propre d’un enfant. Les voici, avec chaque fois quelques trucs pour éviter le piège.

1. «Prends exemple sur…»

Marie fait toujours ses devoirs et pense même à se brosser les dents. Très fiers d’elle, ses parents reprochent sans cesse à son rêveur de frère de ne pas être à la hauteur: «Regarde Marie. Pourquoi n’es-tu pas capable d’en faire autant?»

D’après les experts, ces comparaisons exacerbent les rivalités entre enfants. «Le perdant peut finir par prendre le gagnant en grippe», avertit le psychologue Don Fleming.

Au lieu de lui donner son frère ou sa soeur comme modèle, pourquoi ne pas expliquer à votre enfant ce que vous attendez de lui? Si vous voulez qu’il range sa chambre ou reste à table jusqu’à la fin du repas, dites-le-lui clairement.

En même temps, faites-lui prendre conscience de ce qu’il gagnera à vous obéir. «Si tu remets tes devoirs à temps, tu auras de meilleures notes et tu n’auras pas besoin de suivre des cours de rattrapage cet été.» Il se montrera beaucoup plus réceptif à vos remarques s’il sait qu’elles visent à modifier ce qu’il fait, non ce qu’il est.

2. «Tu te conduis comme un bébé!»

Au restaurant, votre fille de sept ans se tient comme un enfant de quatre ans. Mal à l’aise, vous lui lancez sèchement: «Quand vas-tu cesser de faire le bébé?» Vexée, la petite continue de plus belle à vider les salières de l’établissement.

Et si, au lieu de la provoquer, vous lui aviez servi un avertissement pour tenter de la ramener à la raison? «Blesser l’amour-propre de l’enfant ne vous mènera nulle part, note Fleming. Faites-lui plutôt comprendre que s’il ne change pas d’attitude, il sera puni – privé de son émission de télévision préférée, par exemple. Il saura instantanément à quoi s’en tenir.»

3. «Habille-toi comme tout le monde!»

Un matin, vous vous réveillez, et le petit garçon que vous trouviez si beau en barboteuse bleue vous arrive en jean rapiécé et maillot noir à l’emblème du groupe rock à la mode. La guerre des styles vestimentaires ne fait que commencer.

Si vous critiquez sans arrêt les goûts de vos adolescents, vous allez vous heurter à une résistance farouche. Êtes-vous obligé d’imposer votre volonté dans chaque cas? «Si votre enfant sort avec des amis, recommande Keat, laissez-le donc s’habiller comme il en a envie. Si c’est vous qu’il accompagne, par contre, exigez de lui une tenue correcte. Il doit apprendre qu’il ne peut pas porter la même chose partout et que ses parents sont en droit de l’obliger à se changer dans certaines circonstances.»

4. «Comment peut-on être aussi stupide?»

Si vous voulez que votre enfant ait confiance en lui plus tard, vous n’y arriverez sûrement pas en mettant son intelligence en doute chaque fois qu’il commet une erreur. Aidez-le plutôt à se corriger en lui montrant comment s’y prendre et en le félicitant lorsqu’il s’exécute correctement.

5. «Mais qu’est-ce qui m’a pris d’avoir des enfants!»

Ce que vos enfants comprennent, c’est: «Je ne veux plus de toi. Tu ne vaux rien .» «Ils risquent de s’en souvenir longtemps – jusqu’à l’âge adulte parfois», affirme Keat.

Si vous êtes exaspéré, note le Dr William Koch, directeur d’un organisme new-yorkais d’aide aux parents, dites plutôt à l’enfant qu’il vous met hors de vous. Mais surtout, faites en sorte de ne pas en arriver là. L’enfant qui connaît les règles et voit que ses parents les appliquent d’une manière ferme et juste ne les irritera jamais au point de les amener à lancer, même à voix basse, une telle remarque.

6. «Veux-tu bien te taire!»

Il n’y a pas de meilleur moyen de persuader un enfant que son opinion de compte pas et, à la longue, de lui faire perdre toute estime de lui-même.

Essayez d’abord la manière douce: «Calme-toi, ne t’énerve pas, parle moins fort…» Si elle ne marche pas, imposez une sanction, calmement mais fermement. Éteignez la télévision ou envoyez l’enfant dans sa chambre.

7. «Si tu n’obéis pas, gare à toi!»

Les menaces vagues ne font qu’affaiblir votre autorité. Elles incitent l’enfant à vous défier pour voir jusqu’où il peut aller.

Vous devez au contraire être précis et mettre la menace à exécution si l’enfant n’obéit pas. «Quand les parents sont inflexibles, dit Koch, les enfants n’insistent pas longtemps: ils savent ce qu’ils risquent. Si l’enfant est jeune, il suffira en général de l’envoyer dans sa chambre. Plus tard, la punition prendra la forme d’une privation de privilèges.»

8. «Vas-tu me laisser tranquille?»

Tous les parents ont besoin d’un peu de temps à eux, mais en repoussant un enfant, vous pouvez lui donner l’impression qu’il est de trop dans votre vie. S’il sollicite votre attention, c’est peut-être, justement, parce que vous ne lui en accordez pas assez.

Dans la mesure du possible, essayez d’intégrer l’enfant à vos activités. Même un tout-petit peut «aider» à mettre la table. Si vous devez absolument vous isoler, dites-le délicatement: «Je t’aime beaucoup, mais je suis trop occupé pour jouer avec toi maintenant.» Et promettez-lui d’aller le retrouver un peu plus tard.

Vous ne réussirez pas toujours à ravaler à temps les mots blessants qui vous montent aux lèvres. Heureusement, les enfants se remettent très vite d’un chagrin quand on sait les consoler et leur demander pardon. Non seulement vous réparerez ainsi les dommages que vous avez pu causer, mais vous montrerez à l’enfant ce qu’il doit faire lorsqu’il blesse involontairement quelqu’un.

L’essentiel, conclut Koch, c’est que l’enfant ne puisse jamais douter de votre amour.

Antonia van der Meer
Source: Sélection Reader’s Digest, Mars 1990.