Les douzes pièges qui guettent les nouveaux parents adoptifs

ADOPTIF

Je suis une maman adoptante, j’avais déjà 4 enfants eu de mon ventre, la dernière de 7 mois, quand notre fille … de 9 mois est venue  rejoindre au groupe

J’ai trouvé cette article ou tout viens très bien expliqué, si un jour vous faites comme nous qu’en ayant d’autres enfants vous décidé adopté un , faites le c’est la joie

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Les douzes pièges qui guettent les nouveaux parents adoptifs

  1. Le mythe de l’attachement mutuel instantané
  2. Le syndrome de réparation
  3. Le piédestal
  4. La lune de miel
  5. C’est merveilleux! Il est bien partout!
  6. J’en veux! J’en veux!
  7. Je suis enfin parent, alors pourquoi je me sens triste?
  8. Je pensais avoir réglé ça!
  9. On s’entendait si bien avant!!!
  10. L’amour peut tout arranger!
  11. L’inavouable déception
  12. Je souligne la différence, j’ignore la différence

 

Hors, il y a très peu de littérature ou de services disponibles pour outiller spécifiquement les nouveaux parents adoptants. C’est comme dans les contes où toutes les difficultés se terminent avec l’arrivée de l’enfant tant désiré! Pourtant la réalité est trop souvent bien différente et les parents risquent de tomber dans plusieurs «pièges» qui peuvent avoir des conséquences assez graves pour eux et leur enfant. Voici les dix pièges les plus fréquents en adoption.Choisir de fonder une famille en adoptant, c’est toute une aventure! Il y a des moments de doute, d’émerveillement, d’angoisse, de frustration avant, pendant mais aussi après l’arrivée de l’enfant. Devenir parent adoptif, c’est d’abord et avant tout devenir parent tout court. Cependant, pour se sentir compétent comme nouveau parent adoptant, il y a des spécificités que l’on doit comprendre, des outils différents pour remplir le même rôle.

1- Le mythe de l’attachement mutuel instantané

Ce mythe vient de l’époque où les parents québécois qui désiraient adopter étaient invités à visiter les crèches des orphelinats. On leur disait «celui qui vous tendra les bras, c’est le vôtre». Ce mythe origine aussi d’un autre mythe: celui qui prétendait que lorsqu’une mère accouche, dès qu’elle voit son enfant, c’est l’amour automatique.

L’expérience nous démontre que chaque cas est unique et se vit de façon unique. Les sentiments positifs ou négatifs qui sont ressentis très intensément au moment du premier contact, ne sont ni la garantie du succès, ni de l’échec de l’attachement et de l’amour. Une adoption, tout comme une naissance, c’est la rencontre de deux êtres totalement différents. Ils ont désespérément besoin l’un de l’autre, mais tout est à faire, à bâtir. Tout comme en amour, cela peut être un coup de foudre ou se construire très lentement.

Une autre page du site est justement consacrée à l’attachement au nouvel enfant.

2- Le syndrome de réparation

En plus de la possibilité que l’apprivoisement demande du temps, les parents adoptifs doivent aussi composer avec la culpabilité, très irrationnelle, de ne pas avoir été là pour leur enfant avant l’adoption. Plus l’attachement mutuel se concrétise, plus ils constatent les petites insécurités, les problèmes de santé, les retards causés par le manque de stimulation, et plus ils se disent: «Cela n’arriverait pas si j’avais été là depuis sa naissance et même avant!» Ceci est particulièrement vécu par les parents d’enfants plus âgés car «l’absence» a été plus longue.

Rationnellement, les parents veulent être réalistes, aider sans mettre de pression, ne pas avoir trop d’attentes. Mais, au plan émotif, plusieurs parents peuvent vivre un profond sentiment d’échec ou d’impuissance ou de frustration devant tous les efforts demandés à l’enfant pour «rattraper le temps perdu» et l’amener rapidement au niveau de développement où il serait s’il avait été avec eux depuis sa naissance. C’est ce que nous appelons le syndrome de réparation, c’est-à-dire, l’illusion qu’avec assez d’amour, de temps, d’effort, nous pourrons effacer les blessures du passé.

3- Le piédestal

Lorsque des parents adoptifs sont confrontés à des problèmes de comportement, de retard scolaire, d’instabilité émotive de leur enfant, ils essaient d’abord de se débrouiller seul, comme tout le monde. Par contre, lorsque ces problèmes dépassent les compétences de base et qu’ils doivent consulter un professionnel, certains parents hésitent, attendent trop, s’épuisent par peur d’être mal jugés.

Après tout se disent-ils, contrairement aux parents « ordinaires », ils ont été évalués comme ayant les capacités nécessaires pour être des parents adéquats! Alors pourquoi se sentent-ils si incompétents face à ce problème? Ils ont peur de se faire dire : «Vous avez tout fait pour avoir cet enfant! Débrouillez-vous maintenant!!»4- La lune de miel

Parfois le premier contact, les premiers jours se passent tellement bien. L’enfant est calme, docile, semble heureux. Tout est parfait et les parents pensent que la partie est gagnée, qu’ils sont faits l’un pour l’autre et que cela va toujours continuer. Bien sûr, c’est vrai dans certains cas. Mais, plus souvent qu’autrement , c’est ce qu’on appelle la lune de miel.

L’enfant est heureux d’être adopté mais il a si peur qu’on le rejette, qu’il se conforme exactement à ce que ses nouveaux parents attendent de lui. Puis, lorsqu’il est rassuré, lorsqu’il sait qu’il est dans un milieu stable et définitif, lorsqu’il commence à sentir l’attachement, commence la période de testing. Inconsciemment l’enfant se dit: «ils disent qu’ils m’aiment, mais m’aimeront-ils encore si je casse mes jouets, si je crie, si je refuse d’aller à l’école etc.?»

Cette période peut durer quelques semaines ou littéralement des années. Dans certains cas extrêmes, l’enfant ne sera jamais rassuré à cause de carences affectives trop graves. Le lien sera toujours fragile. Les parents auront beau répéter mots, gestes, l’enfant n’intègrera rien, comme s’il était une chaudière sans fond. Il aura toujours soif même si on lui donne toute l’eau du monde. Il y a alors risque d’épuisement des parents qui, malgré toute la meilleure volonté du monde, n’arrivent pas à se sentir «adoptés» par l’enfant.

5- C’est merveilleux! Il est bien partout!

Après l’arrivée de l’enfant, certains parents sont très fiers de dire à quel point leur petit est sociable, facile en publique; ils sont fiers qu’il aille dans les bras de tout le monde sans avoir peur, qu’il ne pleure pas lorsqu’on le laisse à la garderie.

Il faut être prudent dans notre interprétation: ce comportement, chez un enfant biologique, élevé par ses parents depuis sa naissance, est un signe de sécurité, une capacité à se détacher sainement d’eux; par contre chez un enfant adopté, ce même comportement peut être signe d’une difficulté à créer un lien significatif avec ses parents.

Pour cet enfant, tous les adultes gentils sont égaux dans son coeur du moment où ils répondent à ses besoins. L’enfant reproduit alors le modèle qu’il a vécu en orphelinat où plusieurs nounous s’occupaient de plusieurs enfants. Si ce comportement dure trop longtemps, on devra alors parler de «troubles de l’attachement»

C’est pourquoi il est si important de prendre beaucoup de temps avec l’enfant à son arrivée, afin que pour lui, ses parents, ses frères et soeurs deviennent vraiment sa référence, sa sécurité.

6- J’en veux! J’en veux!

A l’heure du déjeuner dans le restaurant de l’hôtel, une petite guatémaltèque de trois ans est debout sur sa chaise dans le restaurant de l’hôtel et crie en piochant des pieds «Dos helados! Dos helados!» (deux crèmes glacées). Ses nouveaux parents, voulant l’apprivoiser (et parce qu’ils sont un peu embarrassés), lui donnent de la crème glacée pour déjeuner et ce pendant 2 semaines. Voilà donc le grand défi ! Comment apprivoiser un enfant doucement sans accepter tous ses caprices!

Il faut d’abord comprendre que, pour un enfant en orphelinat, les preuves d’attention et de tendresse n’ont souvent été obtenues que par la nourriture ou des objets. L’enfant va donc essayer le même comportement. Il faut aussi comprendre que l’enfant n’a aucune idée de ce que sont les règles de vie normale dans une maison, dans une famille.

Comme parents, on doit d’abord créer un lien affectif, démontrer que les vraies preuves d’amour sont davantage les caresses, l’attention, la disponibilité, la préoccupation, l’écoute, la consolation, la valorisation, plutôt que des preuves uniquement matérielles.

On doit en même temps apprendre rapidement à l’enfant des règles de vie qu’il aurait appris graduellement, s’il était dans la maison depuis sa naissance. Si on se mettait à compter vraiment toutes les règles dans une maison, il y en aurait des centaines. Alors, comme parent, il faut y aller graduellement et établir ensemble pas plus de 10 règles très claires au début. Ces règles doivent concerner des mesures de sécurité et de comportements qui correspondent à notre vie quotidienne à nous, à nos valeurs. Il faut aussi favoriser dans la mesure du possible des renforcements positifs plutôt que l’application de conséquences punitives.

7- Je suis enfin parent, alors pourquoi je me sens triste? 3

On connaît tous une maman qui a souffert de dépression post-partum. Sans minimiser les origines en partie purement biologiques de ce problème dans le cas d’un accouchement, plusieurs études récentes parlent de la réalité du «syndrome de dépression post-adoption». Il y aurait un phénomène de «sevrage d’adrénaline» purement physique en plus de tous les ajustements psychologiques normaux lorsqu’on passe du projet, du rêve, à la réalité quotidienne. Ce syndrome se caractérise par :

  • un étrange sentiment d’anxiété devant l’ampleur de la responsabilité que l’on vient d’accepter pour la vie;
  • une mélancolie du quotidien après des mois, voire des années d’émotions très fortes;
  • un sentiment d’impuissance devant certains comportements de l’enfant;
  • le deuil de notre vie antérieure;
  • l’incompréhension de notre réseau de support naturel (parents, amis), ce qui cause un sentiment d’isolement.
  • 8- Je pensais avoir réglé ça!

Une maman va patiner avec sa fillette de 4 ans qui a un plaisir fou et qui se jette dans ses bras en lui disant «Maman, je t’aime gros!!» Cette maman se met à pleurer de façon incontrôlable car sa propre mère n’a jamais pris le temps de jouer avec elle.

Pour devenir un adulte accompli et mûr, l’être humain a besoin d’apprendre à vivre avec les douleurs, grandes ou petites, de l’enfance. Il apprend à rationaliser, à régler, à vivre avec la mort d’une mère, les relations tendus avec un père, la jalousie ressentie envers un frère ou une soeur etc. Nos parents étaient trop sévères? Nous nous promettons bien de ne pas l’être trop! Nos parents ne nous encadraient pas assez? Nous nous promettons bien d’avoir de la discipline avec nos enfants!!

Lorsqu’on devient parent, les choses ne sont plus si simples. Les décisions que nous avions prises auparavant étaient théoriques, rationnelles. Mais au quotidien, avec un enfant, ce sont souvent les émotions qui prennent la place. Les «fantômes» du passé reviennent malgré notre volonté. Il faut alors s’arrêter, réfléchir, accueillir ces émotions et évaluer ce qui appartient à notre relation présente avec l’enfant et ce qui relève de notre relation passée avec nos parents.

9- On s’entendait si bien avant!!!

Les statistiques sont précises: l’arrivée d’un enfant, par adoption ou biologiquement, représente le plus grand test de la solidité d’un couple. Un fort pourcentage de séparations se produit dans l’année après l’arrivée d’un enfant. Nous étions un couple d’amoureux; maintenant nous devenons un couple parental. Nous devons nous transformer en une équipe efficace et cohérente pour répondre adéquatement aux besoins d’un petit être en devenir.

C’est à ce moment que les petites fragilités ressortent: problèmes de communication, habiletés à résoudre les conflits, différences dans nos méthodes éducatives qui nous viennent des modèles de nos parents, irritants avec la belle famille, etc. La fatigue des nouvelles responsabilités aidant, les confrontations, les mésententes peuvent être beaucoup plus fréquentes.

Il faut alors se rappeler qu’ «une famille heureuse, ce n’est pas une famille sans problèmes, mais une famille qui est capable de faire face efficacement aux problèmes, de les surmonter au fur et à mesure».

10- L’amour peut tout arranger!

Voilà un mythe qui peut avoir des conséquences graves dans les situations d’adoption d’un enfant plus âgé qui présente des carences affectives importantes.

Certains enfants n’ont pas eu, à certaines étapes de leur développement, les bases d’affection qui leur étaient nécessaires; les tendresses, les attentions, les encouragements qui leur auraient permis de se bâtir une estime de soi, une conviction qu’il vaut la peine qu’on s’occupe d’eux!

Ils ont des troubles sérieux de carences affectives. Au sens figuré du terme, on pourrait comparer ces enfants à une maison qui a été bâtie sans fondation. Les parents peuvent essayer autant qu’ils le peuvent, de colmater les brèches, la maison demeure toujours très fragile, prête à s’écrouler à tout moment.

11- L’inavouable déception

Que ce soit dans les premiers jours, semaines ou mois après l’arrivée, plusieurs parents vivent une profonde déception par rapport à l’enfant qui leur a été confié. On peut être déçu par rapport à l’enfant: parce qu’il est moins beau que nous l’espérions, parce qu’il refuse de venir dans nos bras mais reste sans problème dans les bras de notre conjoint, parce qu’il nous semble « anormal  » dans ses réactions et que l’on craint un retard mental, parce que l’on découvre plus tard une maladie grave.

On peut aussi être très déçu face à nous-mêmes: on ne se sent pas aussi bon parent que l’on pensait, on est déçu de nos émotions profondes face à cet enfant, déçu de notre conjoint comme père ou mère, etc.

Mais à qui donc va-t-on avouer cela quand tout notre entourage nous félicite, nous dit qu’il est beau, que l’on doit donc être content après tant d’années d’efforts. Ce n’est pas non plus au pique-nique annuel de l’agence que l’on va parler de ça aux autres parents adoptifs. On n’osera pas non plus avouer tout cela à la travailleuse sociale qui vient faire le rapport progrès pour le jugement du tribunal !!!

Il faut cependant se mettre en contact avec ses déceptions, ne pas les nier si on veut faire le deuil de l’enfant « rêvé » et accueillir l’enfant réel. Comme dans tous les deuils, il y a une phase de négation, de colère, de dépression pour ensuite finir par trouver une certaine sérénité vis-à-vis cette perte.

12- Je souligne la différence, j’ignore la différence

Un autre piège qui guette les nouveaux parents adoptants, c’est d’exagérer le fait de l’adoption ou de minimiser le fait de l’adoption. Par exemple, certains parents sont si fiers de leur petite d’origine chinoise qu’ils transforment la maison en pagode, se mettent à manger avec des baguettes tous les jours, apprennent le mandarin en famille et racontent à tous continuellement devant l’enfant leur magnifique expérience d’adoption!!

À l’opposé, certains parents cherchent à effacer toutes traces du passé de l’enfant comme ce couple qui pensait bien faire en jetant tous les vêtements et petits objets de l’enfant dans les poubelles de l’aéroport, pour que l’enfant reparte « en neuf « , pour qu’il oublie son passé pénible.

Dans les deux cas ces gens font de graves erreurs qui auront des conséquences plus tard. L’enfant doit apprendre à fonctionner avec ses deux identités en ayant la permission d’être chinois ou roumain lorsqu’il en ressent le besoin et d’être « québécois pure laine  » lorsqu’il le désire. Cela dépendra des périodes de sa vie, des évènements, des sujets abordés, des difficultés rencontrées.

De même, pour les parents, il faut savoir faire la part des choses: si l’enfant va bien ou mal, il ne faut pas tout expliquer par l’adoption ou toujours nier qu’il peut y avoir une partie d’explications dans le passé de l’enfant ou dans son bagage génétique. Le grand défi est de suivre le rythme de l’enfant et les étapes de son développement. C’est aussi de rester objectif et ouvert: parfois les difficultés viendront du fait de l’adoption et d’autres fois il faudra se questionner dans nos attitudes parentales et les réajuster.

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Michelle Bernier, travailleuse sociale
Johanne Lemieux, travailleuse sociale
Centre de santé et CLSC Paul-Gilbert
Novembre 1998