Le stress affecte aussi les enfants

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Source: Dre Sylvie Bergeron, pédiatre urgentologue à l’Hôpital Ste-Justine

Saviez-vous que le stress affecte aussi bien les enfants que les adultes? Dans le tourbillon de la vie quotidienne, on oublie parfois que les enfants éprouvent des peurs, vivent des échecs et sont les témoins impuissants d’événements générateurs de stress.

Parfois, leurs réactions – apathie, crises, pleurs – sont mal interprétées; on croit qu’il s’agit d’une étape de leur développement ou d’un trait de caractère et non de manifestation du stress. En revanche, un stress majeur tel qu’une séparation, un décès, une opération à venir ou une maladie grave est facile à identifier. Il se traduit par une perte d’appétit, des douleurs abdominales ou des signes de dépression, par exemple. Chez les bébés, un stress très important peut ralentir le rythme des nouvelles acquisitions. C’est en analysant les événements qui ont précédé ces symptômes qu’on est capable de discerner la cause du stress.

On a tendance à minimiser l’effet d’événements qui semblent mineurs aux yeux d’un adulte, mais qui peuvent occasionner beaucoup de tension chez l’enfant. «Ces petits facteurs de stress qui se répètent de façon insidieuse peuvent mener à la catastrophe s’ils ne sont pas reconnus ni désamorcés.» Il peut s’agir d’un copain trop brutal à l’école, d’une discipline trop rigide qui terrorise l’enfant, etc.

Le terme «stress» fut introduit dans la littérature médicale en 1936 par le physiologiste canadien Hans Selye. Il s’agit d’une réaction de l’organisme lorsqu’il est soumis à une agression: traumatisme, choc émotionnel, opération chirurgicale, froid, ou de façon générale, les contraintes de la vie quotidienne. Bien qu’un stress mineur puisse jouer un rôle positif, car il renforce les capacités d’adaptation de l’individu, on connait bien maintenant les malaises, les douleurs et les maladies liées à un stress majeur ou répétitif, du moins chez les adultes. «Le stress existe aussi chez les bébés et les enfants de tout âge bien qu’il soit sous-estimé et qu’on ait tendance à en minimiser l’importance.» Certains enfants ont un tempérament qui semble les prédisposer au stress. De plus, aussi bien la famille que le contexte social peuvent être générateurs de tensions.

Des prédispositions génétiques

À la naissance, chaque enfant est doté d’un tempérament qui lui est propre. «On observe déjà des différences de tempérament chez les nourrissions.» La plupart des enfants, ceux qu’on qualifie de «faciles» ont une grande capacité d’adaptation. Mais environ 1 bébé sur 10 sera difficile et va très mal réagir à des changements, parfois minimes, dans sa routine quotidienne.

Un milieu familial sous tension

Lorsque les parents vivent des tensions importantes, tous les membres de la famille, y compris les enfants, en subissent les contrecoups. «Le divorce, ou tout autre forme de séparation, est un facteur de stress majeur pour l’enfant. En plus de vivre la séparation de ses parents, il va subir des changements dans sa vie quotidienne. Souvent, il voit ses dépenses diminuer. Ce sont donc les loisirs, les vacances, les activités qui sont perturbés. De plus, la plupart du temps, un divorce est synonyme de déménagement. L’enfant doit changer d’école, vit une rupture avec ses amis et s’éloigne parfois de ses grands-parents. Enfin, les parents sont moins disponibles sur le plan affectif et consacrent souvent moins de temps à leurs enfants. Ceux-ci sont souvent livrés à eux-mêmes, pris pour confidents ou, pire encore, pour boucs émissaires. Déprimés et stressés, les parents négligent la routine; par exemple, l’heure des repas change, on mange n’importe quoi sur le coin de la table.»

Le stress de la performance

À l’exception des tensions engendrées par l’abus d’alcool et de drogues, plus fréquentes en milieu défavorisé, les enfants de milieu socio-économique défavorisé ne sont pas soumis à plus de stress que les autres. Au contraire, certains enfants de milieu aisé vivent un stress insidieux lié à la performance sportive ou à la réussite scolaire à tout prix. Les parents poussent parfois leurs enfants vers une activité qu’eux-mêmes ont toujours rêvé de pratiquer, sans se rendre compte que leurs petits ne partagent pas leurs goûts. «Ca prend parfois plusieurs visites chez le médecin avant de faire le lien entre des douleurs abdominales graves chez un enfant et le fait qu’il n’accepte de jouer au hockey que pour faire plaisir à papa.»

Il arrive que le premier contact avec la discipline et la compétition, lors de la rentrée scolaire par exemple, provoque un stress important pour certains enfants. «Dans la majorité des familles, l’enfant est très valorisé et reçoit beaucoup d’encouragements. En arrivant à l’école, il se rend compte tout à coup qu’il n’est plus le premier, que son dessin n’est pas le plus beau et qu’il est un enfant parmi d’autres.» Il ne comprend pas toujours pourquoi les choses ont changé.

Sous l’influence d’un stress majeur, on éprouve de la colère, de l’angoisse, parfois à un niveau intolérable. La capacité d’expression est très différente d’un individu à un autre. Certains arrivent à exprimer facilement ce qu’ils ressentent alors que d’autres n’extériorisent pas leurs émotions. Il existe des personnes qui choisissent de contenir leur colère et de ne pas manifester leur angoisse, ce qui donne l’impression qu’elles s’adaptent bien aux situations difficiles. «Un stress émotionnel refoulé favorise l’apparition de mécanismes qui rendent l’enfant passif, voire malade.»

Le traitement

Que faire si on vit soi-même un stress et qu’on veut en minimiser les effets sur ses enfants? «Le simple fait de prendre conscience que le stress existe chez l’enfant et qu’il peut avoir des effets dévastateurs représente une bonne partie du traitement. Dans tous les cas, il faut parler avec l’enfant, lui demander comment il se sent, lui faire verbaliser sa peine et sa colère. C’est à vous et non à lui de comprendre la situation. L’enfant risque de se culpabiliser ou bien d’avoir des craintes démesurées face à l’avenir. Prendre le temps de l’écouter ou de répondre à ses questions permet de désamorcer des sources de tension. Parler avec des mots simples à votre enfant permet de communiquer autant avec son petit de deux ans qu’avec son grand de neuf ans.» De plus, il est important de maintenir les habitudes de la vie quotidienne. «Les bambins apprécient la routine, la régularité dans l’heure des repas. Ils ont aussi besoin de maintenir le contact avec leurs amis et leurs grands-parents.» Les parents sont, en général, capables de régler les problèmes et peuvent se fier à leurs intuitions. Mais si on a besoin d’aide, il ne faut pas attendre le chaos pour demander du soutien. Même s’il est nécessaire dans certaines situations de consulter un psychologue ou un travailleur social, le pédiatre de la famille peut être d’une grande utilité. Si on réussit à identifier et à éliminer la source de stress, les douleurs et les symptômes vont disparaître.

Prévenir le stress

Une grande partie du traitement repose sur la prévention. «On ne peut demander à un enfant, même dans une situation de stress aussi intense qu’un divorce, de réagir avec la maturité d’un adulte. Il n’a pas la responsabilité de régler les conflits des parents, ni de prendre partie pour l’un ou l’autre. Il faut, par exemple, éviter de placer les enfants au centre du conflit, de leur faire partager les chicanes ou de dévaloriser le conjoint devant eux.»

«Par ailleurs, la société contemporaine génère un stress très important; il y a très peu de place pour des activités non dirigées. On impose son rythme de vie à l’enfant, on organise ses journées du matin au soir et quelques fois même pendant la fin de semaine. Il faudrait parfois oublier la performance, planifier des activités relaxantes en famille, redécouvrir le côté ludique des flâneries improvisées et, ainsi, apprendre à mieux gérer son stress.