LE CASTRAT certain chanteur d’opéra du XVIé siècle forte tradition espagnole

Un castrat est un chanteur de sexe masculin ayant subi la castration avant sa puberté, dans le but de conserver le registre aigu de sa voix enfantine, tout en bénéficiant du volume sonore produit par la capacité thoracique d’un adulte. Le phénomène musical des castrats apparaît dans la deuxième moitié du xvie siècle en Occident. Il se développe principalement en Italie et disparaît entre la fin du xixe et le début du xxe siècle. 

LE DERNIER CASTRAT

     

Histoire

Les premiers chanteurs castrés apparaissent dans l’Empire byzantin.

          

 Le premier castrat, d’origine espagnole, entre dès 1582 dans les effectifs du chœur de la chapelle Sixtine, c’est-à-dire la chapelle privée du pape, qui avait déjà recruté des falsettistes espagnols auparavant. Cette importance des Espagnols parmi les premiers castrats a de quoi surprendre, car l’Espagne n’est pas un centre connu de production de castrats. On a suggéré que la pratique trouvait son origine chez les Maures espagnols,

Au début du xviie siècle, on retrouve des castrats au service de tous les princes dirigeants italiens, que ce soit pour la musique sacrée ou profane ; le phénomène se développe également dans les cours allemandes. 

L’interdiction à Rome pour les femmes de chanter sur scène n’est pas non plus une explication suffisante. D’abord, elle n’est pas réellement respectée avant la fin des années 1670. Ensuite, elle aurait pu conduire à préférer les jeunes garçons ou les falsettistes pour chanter dans les registres aigus.

On trouve cependant des falsettistes au pupitre alto : curieusement, plusieurs papes interdisent à des castrats de tenir cette partie, alors qu’ils les acceptent comme sopranos.

Le phénomène des castrats s’explique peut-être par la prééminence accordée aux voix les plus aiguës : quand l’opéra prend son essor, dans le deuxième quart du xviie siècle, les sopranos, castrats ou femmes, sont mieux payés que les ténors et les basses.

Dans les chœurs religieux également, et sous réserve de l’ancienneté, les castrats et les ténors obtiennent de meilleurs émoluments que les basses. Parmi les castrats eux-mêmes, ceux qui chantent des rôles d’altos de temps à autres semblent être moins estimés que ceux qui se cantonnent aux rôles sopranos. Parallèlement, le développement de la voix solo exige des interprètes plus professionnels, ayant reçu une formation plus poussée.

Or les filles ne peuvent pas être entraînées avant que leur voix ne mue, alors que les garçons castrés peuvent débuter jeunes la formation, à un âge où ils sont plus malléables, et peuvent commencer à travailler plus tôt.

La castration

L’opération elle-même est mal connue. Un Traité des eunuques publié par Charles Ancillon en 1707 décrit plusieurs méthodes : une castration vraie ou une section du cordon spermatique. L’enfant, généralement âgé de 6 à 8 ans6, est le plus souvent endormi à l’aide d’un somnifère (on utilisait souvent de l’opium) pendant l’opération, puis plongé dans un bain très chaud qui conduit les testicules à se flétrir puis disparaître quand ils n’ont pas été coupés. En aucun cas on ne procède à une ablation du pénis. Aucun décès n’est signalé suite à l’opération, ce qui n’implique pas qu’il n’y en ait pas eu, mais laisse penser que le taux de décès restait dans la norme de l’époque7

La castration ne fait pas l’objet d’une pudibonderie particulière au xviie et au début du xviiie siècle : elle est évoquée sans détours par les familles qui sollicitent une aide financière pour la payer, ou qui contractent avec un professeur de chant qui prendra la charge de leur fils7. Les lettres sont parfois rédigées au nom de l’enfant, qui demande à être castré pour éviter que sa voix ne mue. C’est seulement par la suite que la castration est présentée comme la conséquence médicale d’une maladie ou d’un accident, comme une chute de cheval dans le cas de Farinelli ou, plus curieusement, une morsure de cygne ou de sanglier. Au milieu du xixe siècle, ces derniers sont présentés comme les responsables du sort de tous les castrats de la chapelle Sixtine.

Conséquences sur la voix

L’absence de sécrétion de testostérone empêche la mue vocale. Le larynx ne descend pas et reste ainsi proche des cavités de résonance, contrairement à l’homme ou à la femme, quoique à un degré moindre pour celle-ci.

Le développement de la cage thoracique rajoutait à la caisse de résonance au service des cordes vocales.

Autres conséquences

L’opération entraînait des mutations morphologiques tels que l’absence de pomme d’Adam ou de pilosité, encore que les secrétions restantes des glandes surrénales permettaient de conserver une pilosité pubienne. Les castrats pouvaient avoir des relations sexuelles (à l’exception de la production de spermatozoïdes). La suractivation des hormones féminines pouvait donner des caractères plus féminins aux castrats, notamment une tendance à l’obésité par les dépôts graisseux sur les cuisses et les hanches ou au développement des seins.

Enfin, la neurasthénie était fréquente chez les castrats, marqués par le traumatisme de leur mutilation. Il s’agit aussi d’effets liés à leur position sociale : couverts de gloire et adulés, ils n’en souffraient pas moins d’une certaine solitude, ce qui peut expliquer dans certains cas leur égoïsme, leurs frasques et leur despotisme.

Castrats célèbres

  • Baldassare Ferri (1610-1680)
  • Atto Melani (1626-1714)
  • Giovanni Grossi dit Siface (1653-1697)
  • Francisco Pistocchi (1659-1726)
  • Nicolò Grimaldi dit Nicolini (1673-1732), créateur du Rinaldo de Haendel
  • Antonio Bernacchi (1685-1756)
  • Francesco Bernardi dit Senesino (?-1759), chanteur pour Haendel dans les années 1720.
  • Giovanni Carestini (v.1704-1760), chanteur pour Vinci puis pour Haendel en 1734-1735.
  • Carlo Broschi dit Farinelli (1705-1782), chanteur pour Porpora, Vinci et Hasse.
  • Domenico Annibali, dit Domenichino (1705 – 1779), chanta pour Haendel et Hasse
  • Gaetano Majorano dit Caffarelli (1710-1783), chanteur pour Porpora, Hasse, Pergolesi et Haendel en 1737-1738.
  • Felice Salimbeni (1712-1752), chanteur pour Porpora, Graun et Jommelli.
  • Gioacchino Conti dit Gizziello (1714-1761), chante notamment pour Haendel en 1735-1737.
  • Mariano Nicolini dit Marianino (c. 1715–58), chante pour Vivaldi, Giacomelli et Pergolesi.
  • Manzuoli, Giovanni (1720 – 1782), chante pour Vivaldi, Leo et Mozart.
  • Gaetano Guadagni (1729-1792), créateur du rôle titre d l’Orfeo de Gluck
  • Girolamo Crescentini (1762-1846).
  • Giovanni Velluti (1780-1861), chante pour Rossini.
  • Alessandro Moreschi (1858-1922), le seul castrat pour lequel on dispose d’enregistrements, réalisés en 1902-1904.
wikipedia