La vie stressante des enfants

Le stress

On utilise le mot stress, de nos jours, à toutes les sauces. C’est un concept flou qui peut désigner le stresseur (l’événement auquel l’individu réagit), la tension, l’anxiété, l’angoisse, la réaction physiologique, l’inquiétude psychique, etc. Ce concept est tellement vague qu’il est difficile pour les chercheurs de trouver une démarche thérapeutique unifiée.

Le stress est une réaction, autant physiologique (accélération du rythme cardiaque, chute de pression, rougissement), que psychique (angoisse, dépression, excitation). C’est une réaction à un événement que l’on peut nommer stresseur, événement qui peut avoir une valeur autant positive (cadeau inattendu à Noël, gain à la loterie) qu’une valeur négative (perte d’amis, échec scolaire). Le stress est cette réaction de l’organisme qui mobilise, prépare à l’action. Si, pour faire image, on pense aux sprinters, le stress serait représenté par celui qui donne le signal de départ en criant: «À vos marques… prêts… partez.»

Le stresseur, cet événement, donc, auquel réagit l’individu, peut provenir de l’extérieur, en somme de l’environnement, comme de l’intérieur de l’individu. Il peut provoquer son effet stressant par la rencontre des deux mondes, intérieur et extérieur.

Dans les situations extrêmes, on ne parle plus de stress et de stresseur, mais bien de trauma et d’événement traumatique. Le trauma est une réalité subjective interne, d’ordre psychologique, qui déborde les capacités de défense et d’adaptation de la personne. L’événement traumatique, lui, s’opère dans une réalité externe et objective. C’est, en somme, un stresseur d’une intensité telle qu’il laisse la personne sans possibilité de réaction.

Toute personne délimite pour elle-même le possible et l’impossible, le pensable et l’impensable. L’événement traumatique a ici valeur d’impossible et d’impensable. Quand il y a trauma, le moment présent se fige et occupe tout l’espace psychique. Plus rien d’autre n’existe alors. La vie perd son sens et les événements n’ont plus leurs valeurs relatives. Pour en revenir au stresseur, on peut considérer qu’il y en a trois types.

• Il y a d’abord les changements rapides, qu’ils soient positifs ou négatifs (on verra plus loin comment les enfants, tout comme les adultes d’ailleurs, sont sujets dans le monde moderne à ce type de stresseur) ;

•• Les menaces ou les dangers qu’on rencontre, qu’ils soient objectivement fondés ou pas (les médias contribuent beaucoup à multiplier ce type de stresseur en rapportant ce qui fait le plus vendre soit de l’information à teneur violente; ainsi, des situations quotidiennes et banales, comme prendre le métro, deviennent des situations stressantes)

•••L’impression d’avoir à réagir rapidement à la situation dans laquelle on se trouve (or, on vit justement dans un monde où cette impression est omniprésente).

De façon schématique on peut dire, par ailleurs, que tout individu réagit toujours soit pour éviter un danger, une menace, soit pour s’attaquer aux obstacles qui se dressent devant lui. Dans ces deux cas, il y a réaction au stresseur.

Les enfants aussi sont stressés

Quand on parle de stress on pense généralement au monde des adultes qui doivent composer avec un travail exigeant, des inquiétudes face à leur santé ou à leur famille. On n’imagine pas que les enfants aussi sont soumis à des stress importants qui causent des problèmes comme les troubles du sommeil, l’irritabilité, les craintes irraisonnées ou les difficultés de concentration.

En comparaison aux adultes, les enfants ont moins de pouvoir pour changer les choses, ils ne peuvent échapper à la vie que les adultes ont choisie pour eux. Les parents, sans en être toujours conscients, souhaitent que leurs enfants vivent la vie qu’eux n’ont pu vivre et organisent les activités de la famille avec les meilleures intentions, convaincus que ce qui les intéresse et les intéressait comme enfant, intéresse aussi leurs enfants. Ils oublient de vérifier si c’est le cas, si l’enfant y trouve plaisir et satisfaction. Souvent l’engagement dans une activité de loisir devient un engagement à la performance.

Le meilleur antidote au stress pour les enfants est de leur laisser du temps, du temps à eux pour être seul, du temps où ils n’auront pas à utiliser toute leur énergie pour réagir à l’environnement, du temps où ils inventeront leur environnement et cela au risque de s’ennuyer. En effet, si on veut qu’une personne développe sa créativité et son imaginaire il faut lui laisser du temps pour apprendre à meubler le vide auquel elle est confrontée.

Aujourd’hui le stress des parents les force à contraindre leurs enfants à s’adapter à des horaires et des calendriers d’adulte. Laissons nos enfants s’adapter au rythme de leur enfance et s’intéresser à la vie, à leur vie.

Source: Pierre Desjardins, psychologue