La délinquance chez les jeunes… un problème sérieux.

Que savons-nous de la criminalité chez les jeunes ?

Dans bien des pays à travers le monde, le problème de la délinquance des adolescents est devenu un problème considérable. De nombreux adolescents commettent des infractions. Beaucoup de jeunes délinquants sont même des récidivistes. C’est un problème grave parce que les délinquants causent un tort inestimable à leurs victimes et ils seront les adultes criminels de demain. La plupart deviennent parents et leur comportement aura une influence sur leurs enfants. La délinquance est aussi un problème complexe parce qu’elle se manifeste de différentes façons et parce qu’elle est le résultat de l’interaction de multiples facteurs personnels et sociaux.

La délinquance est perçue différemment selon l’expérience de l’observateur. Pour les parents, elle prend la forme de l’impolitesse, de l’incorrigibilité, des vols à la maison, des fugues, de la consommation de drogues. À l’école, elle se manifeste par des troubles de la conduite en classe et de l’irrespect pour les professeurs, des bagarres, des vols et surtout, du vandalisme. Pour les médias, la délinquance se ramène aux crimes violents, aux incidents inter-ethniques et aux bagarres entre gangs. Pour les policiers, le système judiciaire et les professionnels de l’aide, la délinquance est faite des infractions au Code criminel, agressions et vols, et des infractions aux lois civiles sur la conduite automobile, sur la fréquentation des débits de boisson, etc.

Quelle que soit la façon dont la délinquance est perçue, elle s’exprime de trois manières. La délinquance d’occasion affecte plus de 80% des adolescents et elle se manifeste brièvement par des délits mineurs. Son caractère bénin la fait interpréter comme faisant partie des conduites ordinaires de la vie. C’est le prix que doit payer un adolescent pour apprendre les frontières des conduites socialement tolérées. La délinquance de transitiontouche moins de 10% des adolescents et environ la moitié des pupilles du tribunal pour adolescents. Elle se manifeste par des délits plus ou moins graves mais limités à une période de temps. Il s’agit en fait d’une poussée délinquante liée à des difficultés particulières, comme les conflits familiaux ou scolaires, des problèmes de changement de statut social. La délinquance chronique, quant à elle, se retrouve chez moins de un pour cent des adolescents et chez environ les deux cinquièmes des pupilles du tribunal. Il s’agit d’une conduite stable. Elle se manifeste par des délits nombreux, où les plus graves côtoient les plus légers. L’activité délinquante devient alors un comportement antisocial. Elle est un mode de vie, presque une «carrière».

Il est évident que les parents, les éducateurs, les policiers, les juges, les intervenants sociaux, ne réagissent pas de façon identique à ces trois types de délinquance. Les politiques sociales de prévention, de répression et de traitement ne sauraient s’appuyer sur les mêmes principes dans tous les cas. Les praticiens ne peuvent utiliser les mêmes instruments de dépistage et de diagnostic, ni les mêmes méthodes d’intervention pour faire face à ces formes différentes de délinquance. À titre d’exemple, la délinquance d’occasion appelle la compréhension et la tolérance, la délinquance de transition suppose une aide appropriée pour sortir le plus rapidement possible de la crise et la délinquance chronique exige une intervention précoce et intensive.

Y a-t-il davantage de délinquants aujourd’hui qu’hier ? Y a-t-il davantage de délits de violence ? Au Québec, des données de bonne qualité permettent de répondre à ces questions. D’abord des statistiques officielles existent depuis le début des années 1960, en particulier celles tenues par les services de police. Ensuite, des enquêtes auprès d’échan-tillons représentatifs d’adolescents ont été conduites au cours des trois dernières décennies.

La plupart des sociétés occidentales ont vu la délinquance des adolescents croître de façon constante de la fin de la Deuxième Guerre mondiale à la fin des années 1970. Ensuite, elles l’ont vue se stabiliser au cours des années 1980 et 1990. Au Québec, la même trajectoire peut être observée. Le Québec se situe entre les États-Unis, où le taux de délinquance est le plus élevé parmi les sociétés industrialisées, et la Suisse et le Japon, où les taux sont les plus bas, à peu près au même niveau que la plupart des pays scandinaves et des pays d’Europe continentale. Au Canada, le Québec se classe habituellement en deçà de la moyenne nationale et de l’Ontario. Pour donner une idée de l’ordre de grandeur de la délinquance dans une grande ville comme Montréal, environ 80% des adolescents rapportent avoir participé à au moins une infraction au Code criminel au cours de la dernière année et moins de 10% à plusieurs infractions.


Malgré la stabilité de la délinquance en général depuis 1980, les crimes contre la propriété diminuent et les crimes contre la personne augmentent. Les crimes contre la personne qui représentaient en moyenne 8% il y a 30 ans, atteignent maintenant 12%. Cette évolution n’est pas spécifique au Québec. Elle s’observe dans tous les pays occidentaux. Ce changement peut s’expliquer par plusieurs facteurs, comme les changements sociaux, la mise en place de programmes de prévention des crimes contre la propriété et les modifications au Code criminel. À titre d’exemple, en 1985, avant la modification au Code criminel, aucun adolescent n’était inculpé au Québec pour une agression sexuelle, à cause des difficultés d’en faire la preuve devant les tribunaux. Aujourd’hui, les agressions sexuelles constituent environ 30% des délits contre la personne dont les jeunes sont accusés.

On peut observer le phénomène de la délinquance tel qu’il se manifeste à travers le temps dans les statistiques officielles ou au fil des enquêtes criminologiques. Une chose reste certaine : la délinquance est enracinée dans la nature même de l’organisation sociale. Elle se serait stabilisée parce que l’encadrement s’est resserré autour des adolescents, à la fois dans la famille, à l’école et dans le champ des loisirs. De plus, les adolescents vivent dans un groupe familial de plus en plus restreint, ce qui favorise l’intimité et la surveillance. Par contre, les conditions économiques des familles se sont détériorées. Ce changement aurait dû faire augmenter la délinquance. En somme, certaines conditions sociales nouvelles favorisent la délinquance mais d’autres la contrecarrent. Le jeu des forces en cause a fait en sorte que la délinquance s’est stabilisée à un certain niveau. Et à travers tous ces changements, la personnalité des jeunes évolue. Les adolescents sont aujourd’hui plus réalistes mais aussi plus émotifs et plus anxieux. Comment savoir de quoi demain sera fait ?

Source: Marc Le Blanc, Ph.D., RND no 7, juillet/août 1996