il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir

Tarik Hammi
Draw-an-Elephant-Step-18Six aveugles vivaient dans un petit village tranquille,

au fin fond d’une vallée retirée.

Un jour de printemps, une troupe de cirque arriva jusque-là

et s’installa pour quelques représentations. Parmi leurs

animaux se trouvait un éléphant.

Personne n’avait jamais vu un tel animal. Si bien qu’il

devint vite le principal sujet des conversations.

Les aveugles, au milieu de cette agitation, n’y tinrent

plus. Ils décidèrent de s’approcher de l’animal pour

s’en faire une idée. S’ils ne pouvaient pas le voir, ils

pouvaient au moins le toucher pour se rendre compte par

eux-mêmes de quoi il s’agissait.

– « L’éléphant est un pilier » dit le premier, en touchant sa jambe.

– « Oh, non ! Il est comme une corde », dit le second, en touchant

sa queue.

– « Pas du tout ! On dirait la branche épaisse d’un arbre »

dit le troisième, en touchant sa trompe.

– « C’est comme un grand éventail » dit le quatrième, en touchant

son oreille.

– « Non, c’est un mur énorme » dit le cinquième, en touchant

son ventre.

– « Il ressemble plutôt à une grosse pipe » dit le sixième, en

touchant sa défense.

Ils discutaient ainsi, chacun d’eux pensant avoir raison et

n’écoutant pas les autres.

Le sage du village, qui passait par-là, s’arrêta et voulut

comprendre la raison de cette conversation animée.

Les aveugles dirent :

– « Nous ne pouvons pas nous mettre d’accord pour dire à quoi

ressemble l’éléphant ! ».

Chacun d’eux dit ce qu’il pensait à ce sujet. Le sage sourit

et dit :

– « Vous avez tous dit vrai. Mais vous avez touché une partie

différente de l’éléphant. Voilà pourquoi vous n’êtes pas d’accord.

Chacun de vous seulement détient une partie de la vérité et

ensemble, vous pouvez donner une description exacte de l’éléphant ! »

La discussion reprit alors entre les aveugles mais cette fois,

ils s’écoutèrent les uns les autres et furent capables de

construire une représentation correcte de l’éléphant dans

leur esprit.

Nous sommes souvent comme ces aveugles : nous percevons tous une

partie de la réalité et nous croyons la percevoir totalement.

Nous partons alors en guerre pour défendre notre point de vue

au lieu d’écouter les autres pour enrichir nos propres

représentations.

Nous vivons certes dans un monde où coexistent de multiples

spécialisations, de multiples langages, de multiples savoirs

et il n’est pas facile de rester ouvert à ce qui ne fait pas

partie de notre quotidien.

Mais c’est pourtant en adoptant cette attitude d’écoute,

d’ouverture et d’échanges que le monde dévoile sa richesse

et que notre esprit se découvre des possibilités infinies.