Helen Keller était sourde, muette et aveugle

Un bel exemple de courage.

 

 

   

Helen Adams Keller est née à Tuscumbia, Alabama le 27 juin 1880. Bien qu’elle fût sourde et aveugle, elle parvint à obtenir un diplôme universitaire. Grâce à sa détermination, Helen Keller a suscité l’admiration devenant une écrivaine, activiste et conférencière reconnue. Elle est décédée le 1er juin 1968 peu de temps avant son 88ème anniversaire.

      

Jusqu’à dix-neuf mois, Helen Keller fut un bébé parfaitement normal qui semblait prendre plaisir à contempler les fleurs, le vol léger des oiseaux, les jeux de l’ombre et de la lumière. À ce moment, elle tomba malade d’une sorte de fièvre cérébrale. Son état était désespéré, lorsque la fièvre tomba aussi subitement qu’elle était apparue.

  

Sa mère remarqua bientôt que l’enfant ne fermait pas les yeux lorsqu’elle la baignait. Elle l’emmena chez un oculiste, qui lui apprit qu’Helen était aveugle. Puis elle s’aperçut que l’enfant ne réagissait pas à une sonnerie de cloches. Helen était également sourde. Quand la petite fille atteignit trois ans, sa mère se rendit compte qu’elle était muette et qu’elle ne redirait jamais plus les mots qu’elle avait balbutiés à dix-huit mois.

Robuste et bien conformée, Helen grandissait rapidement, mais sa bonne nature sombrait dans de terribles accès de colère. L’impossibilité où elle était de se faire comprendre la jetait dans de violentes crises de rage. Elle se roulait sur la pelouse en poussant des hurlements convulsifs. Elle se tenait horriblement mal à table, refusait de se laver la figure ou de boutonner ses chaussures. Helen devait écrire, plus tard:“J’avais l’impression d’être tenue par des mains invisibles et je faisais des efforts désespérés pour me libérer.”

Effrayée par tant de violence, la pauvre mère cédait à sa fille sur tous les points. Au lieu de cette apathie qui pèse généralement sur les enfants frappés de ce triple handicap, il y avait une grande force en Helen. C’était là le germe de ses futurs succès. Mrs. Keller désespérait, lorsqu’elle tomba sur les Impressions d’Amérique,de Charles Dickens, où elle lut l’histoire de Laura Bridgman, une jeune fille de la Nouvelle-Angleterre, sourde, muette et aveugle aussi, dont Samuel Gridley Howe avait éveillé l’esprit.

Helen apprend à parler grâce à la patience de miss Fuller

Miss Sullivan emmena Helen à Boston, pour la présenter à miss Fuller, la directrice de l’institution Horace Mann pour sourds-muets, qui se mit au travail sans plus tarder. Prenant dans la sienne la main d’Helen, le professeur introduisit les doigts de l’enfant dans sa propre bouche et lui fit sentir la position de la langue, des dents et les mouvement du maxillaire inférieur et de la trachée.

Plaçant ensuite la langue derrière les incisives inférieures, de manière à prononcer uni bref, miss Fuller posa l’index d’Helen sur ses dents, un autre de ses doigts sur sa gorge et répéta à plusieurs reprises le son i.

Elle avait à peine terminé qu’Helen disposait vivement sa langue avec ses doigts et articulait un son tellement semblable à celui que miss Fuller venait d’émettre qu’il semblait en être l’écho.

Elles s’exercèrent alors à prononcer les voyelles a et o, qu’Helen répéta distinctement. Puis elles passèrent aux mots mamma et papa. Prononçant distinctement le mot mamma, miss Fuller passa son doigt sur le dos de la main d’Helen pour lui indiquer l’inégale longueur des deux syllabes. Après quelques essais, l’enfant prononça correctement mamma et papa “d’une voix douce et presque mélodieuse”.

Dans le train qui la ramenait chez elle après sa septième leçon, Helen se tourna vers miss Sullivan et lui dit d’une voix sourde et hésitante: “Je ne suis plus muette.”

C’était la première fois qu’elle exprimait une pensée par des mots. Elle avait pris sa première leçon d’élocution moins de quelques semaines auparavant.

Helen perçoit des sons par les vibrations

Helen Keller est parvenue à lire sur les lèvres en captant leurs vibrations. En plaçant son médius sur le nez, son index sur les lèvres et son pouce contre le larynx des personnes qui lui parlent, elle peut entendre “ce que disent les autres”, en particulier s’ils ont la voix claire et vibrante.

Elle trouva en Franklin Roosevelt un interlocuteur idéal à cet égard. Elle put aussi savourer les meilleures plaisanteries de Mark Twain, la voix d’or d’Enrico Caruso; Feodor Chaliapine entonna Les Bateliers de la Volga en la tenant étroitement serrée contre lui, afin qu’elle pût saisir les vibrations de sa voix puissante. Elle a lu de même les poèmes de Carl Sandburg. Jascha Heifetz joua pour elle tandis qu’elle posait délicatement les doigts sur le violon. Elle a perçu les vieux negro spirituals sur le bois d’un banjo. Les mains posées sur un piano, elle reconnut “les faibles trilles d’un morceau, les retours du thème principal, le mouvement accéléré qui le suivait”. La radio même lui transmet par vibrations quelques sons atténués.

Un beau jour, on présenta enfin Helen à Michael Agnanos, qui avait succédé au Dr Howe à la direction de l’institution Perkins. Il conseilla de confier l’enfant à une jeune institutrice irlandaise qui venait de recevoir son diplôme. Cette jeune fille, Anne Sullivan, allait devenir la compagne inséparable d’Helen pendant cinquante ans.

Anne Sullivan semblait sortie d’un roman de Dickens. Enfant, elle avait été battue par un père ivrogne. À peine nourrie, couverte de bleus, ne recevant aucun soin, elle avait été finalement abandonnée par les siens, puis recueillie par l’assistance publique. Devenue aveugle à la suite d’un trachome, en 1880, elle était entrée à l’institution Perkins. Deux opérations lui avaient rendu virtuellement la vue, mais elle devait souffrir des yeux toute sa vie et redevenir aveugle à la fin de ses jours.

Le port élégant d’Helen Keller et son visage intelligent malgré son absence d’expression frappèrent Anne Sullivan dès son arrivée.

Grâce à la patience de miss Sullivan, Helen s’ouvre à la connaissance

 

   

Miss Sullivan remarqua que l’enfant avait déjà différents moyens d’exprimer ses désirs. Quand elle avait envie de glace, elle tournait la manivelle d’une sorbetière imaginaire. Pour une tartine de pain beurré, elle faisait le geste de couper et d’étendre. Pour symboliser son père, elle feignait de mettre des lunettes.


Photograph by Marshall, 1902
MISS KELLER AT WORK IN HER STUDY

Au bout de deux semaines, une lueur commença d’apparaître. C’est en 1886, à l’âge de six ans, qu’Helen Keller émergea pour la première fois des ténèbres qui l’enveloppaient. Miss Sullivan emmena alors Helen à la pompe et fit couler l’eau. Tandis que le liquide débordait de la timbale et se répandait sur la main droite de l’enfant, l’institutrice épela e-a-u dans la peaume gauche de son élève.


Copyright, 1902, by Gilbert
MISS KELLER, MISS SULLIVAN AND MR. JOSEPH JEFFERSON

“Venant immédiatement après la sensation de l’eau fraîche ruisselant sur sa main, ce mot parut la saisir, écrit miss Sullivan. Elle laissa tomber la tasse et fut comme transfigurée. Une expression nouvelle illumina son visage.”


Photograph by Marshall, 1902
IN THE STUDY AT CAMBRIDGE

Voici le souvenir que garde Helen de cet instant: “Le mystère du langage m’était enfin révélé. Je compris que cette chose merveilleusement fraîche qui coulait sur ma main était l’eau. Ce mot vivant éveilla mon esprit, lui donna la lumière, l’espoir, la joie.”

Pour apprendre à lire à Helen, miss Sullivan plaçait des mots découpés en relief sur du carton, à côté des divers objets qu’ils représentaient, puis les réunissait pour former une phrase, par exemple: la poupée est sur le lit, qu’elle insérait dans un cadre.

“Lorsque ses doigts se posaient sur des mots qu’elle connaissait déjà, Helen criait de plaisir, écrit miss Sullivan. Se jetant à mon cou, elle m’embrassait pour exprimer sa joie. Je lui donnai un jour mon ardoise Braille pour l’amuser; la petite futée ne tarda pas à y écrire des lettres. J’ignorais qu’elle sût ce que c’était qu’une lettre.”

En trois mois, Helen apprit 400 mots et un grand nombre de phrases courantes. Cet été-là, le jeu se poursuivit pendant des heures, aussi bien au jardin que dans la maison. L’enfant étudiait à l’ombre des mûriers et des tulipiers, et tout ce qui “bourdonnait, chantait ou fleurissait” contribuait à son éducation. Au verger, elle caressait les pêches duveteuses, pressait les capsules ouvertes du cotonnier, attrapait un insecte au cœur d’une fleur qu’elle venait de cueillir. Elle apprit à distinguer le laurier du chèvrefeuille et un cochon d’une poule. Miss Sullivan modela pour elle des cartes en relief, figurant pôles, équateur et méridiens, au moyen de ficelles et de bâtonnets. Elle lui enseigna à compter, comme on le fait dans les jardins d’enfants, à l’aide d’un boulier, et aussi à faire des additions et des soustractions avec des brins de paille. C’était d’ailleurs le seul exercice que l’enfant détestât. Elle sut très vite écrire correctement au crayon. Au bout d’un mois d’étude, elle envoya à sa cousine une lettre sans fautes et parfaitement lisible. À l’heure actuelle, l’écriture de miss Keller est ferme, élégante et toujours déchiffrable.

À la fin du mois d’août, Helen connaissait 625 mots. Mais après une année d’étude, elle avait beaucoup pâli et minci. On accusa son professeur de la surmener. On lui fit d’ailleurs le même reproche lorsque Helen prépara son baccalauréat, mais à chaque fois miss Sullivan répondit: “Il ne viendrait à l’esprit de personne de ‘chloroformer’ cette enfant. Or, ce serait le seul moyen efficace de l’empêcher d’exercer ses facultés.

À cette époque, Helen se prit d’un grand amour pour la toilette et les fanfreluches, insistant pour qu’on roulât ses boucles tous les soirs, si fatigante qu’eût été sa journée.

Lorsque Helen eut huit ans, miss Sullivan l’emmena à l’institution Perkins, où un monde nouveau s’ouvrit devant elle. Elle eut à sa disposition des livres en braille et entra en contact avec d’autres enfants qui pratiquaient l’alphabet manuel dans la main. Elle fit bientôt preuve de dons exceptionnels. Bien avant qu’Helen pût prendre connaissance d’une œuvre complète, miss Sullivan l’avait laissée aller d’un livre à l’autre et déchiffrer ici et là quelques mots au hasard. Elle étudiait maintenant, de façon systématique, l’arithmétique, la géographie, la zoologie, la botanique et la grammaire. Finie l’éducation libre et spontanée en plein air! Cependant Helen apportait la même ardeur à tout ce qu’elle faisait, refusant de laisser une tâche inachevée.

–  Je me sentirai plus forte, si je finis maintenant, répondait-elle lorsqu’on la pressait de se reposer.

À dix ans, Helen lisait en braille avec avidité et pouvait se faire comprendre au moyen de l’alphabet manuel dans la main. En 1890, au printemps, on lui raconta qu’une jeune Norvégienne, sourde, muette et aveugle, Ragnhild Kaata, avait appris à parler. Helen brûlait d’ambition. Ses doigts volèrent dans la main d’Anne Sullivan, son institutrice, et y frappèrent: “Moi aussi je parlerai!”

Ce fut pour Helen une période de développement mental intense. Lorsqu’elle voyageait avec son institutrice, celle-ci épelait dans la main de vivantes descriptions du paysage – les collines et les rivières, les hameaux et les villes – et des gens qui se trouvaient autour d’eux: leur visage et les vêtements qu’ils portaient. Elles passèrent l’été à Cape God, et Helen apprit à nager, mais son premier plongeon dans la mer lui causa une vive surprise. Personne n’avait songé à lui dire que l’eau de mer était salée. Elle apprit à ramer, à naviguer, à monter à cheval et à se servir d’un tandem.

Cette extraordinaire jeune fille commençait à attirer l’attention des intellectuels de Boston. Le philosophe Oliver Wendell Holmes pleura lorsqu’elle lui récita, sur un rythme heurté, un poème de Tennyson. Le poète John Greenleaf Whittier lui assura qu’il comprenait chacun des mots qu’elle prononçait, ce qui rendit Helen très heureuse. Elle se mit à correspondre avec des hommes célèbres, leur écrivant indifféremment en français ou en anglais. Elle était devenue une grande jeune fille, pleine de grâce, de charme et d’esprit.

Helen devait maintenant recevoir une éducation universitaire. Son choix se fixa sur Radcliffe, collège de jeunes files dépendant de l’université Harvard, et elle s’y prépara avec sa ténacité habituelle. Elle entra à l’école Gilman pour jeunes filles, à Cambridge, et y reçut un enseignement intensif. Toujours à ses côtés, miss Sullivan lui transmettait les cours par l’alphabet manuel. En 1900, Helen s’inscrivit à Radcliffe. C’était la première fois qu’un étudiant aveugle, sourd et muet entrait dans une université.

Pour Helen, Radcliffe fut une déception. Elle travaillait bien, mais n’avait plus de temps pour se recueillir. Étant obligée “d’écouter avec ses mains”, il lui était impossible de prendre des notes de retour chez elle, elle transcrivait ce qu’elle avait retenu. Pour l’algèbre, la géométrie et la physique, elle se servait de l’écriture Braille, mais elle avait peu d’aptitude pour les mathématiques. Les examens étaient son cauchemar. Cependant, elle prenait plaisir à suivre certains cours. Son institutrice et elle se concentraient sur leur travail avec leur enthousiasme habituel.

Helen Keller entreprend une vie publique et devient célèbre

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Helen s’entraîna à donner des conférences en prenant des leçons de diction avec un professeur de musique. Elle fit de nouveau des efforts pour parler sur un même diapason. Par moments, elle perdait le contrôle de sa voix, qui se faisait grave ou montait jusqu’à l’aigu. La pluie, le vent, la poussière et sa propre nervosité l’influençaient. C’est en 1913 qu’elle parut pour la première fois en public.

Ce premier pas franchi, miss Keller et son institutrice firent de nombreuses conférences en public. Miss Sullivan racontait comment elle avait appris à parler à la jeune Helen. Son élève prenait ensuite la parole et terminait toujours par ces mots: “Je ne suis plus muette.”

En 1914, les deux femmes entreprirent la première de leurs nombreuses tournées à travers le continent américain. Entre-temps, elles s’étaient adjoint une jeune Écossaise, active et capable, Polly Thomson, qui leur servait de secrétaire et d’organisatrice. Elles se rendirent à Hollywood pour y tourner le film Délivrance.Elles acceptèrent même de paraître au music-hall, et miss Keller, dans un numéro plein de dignité, fit sensation au Palace, à New York. Helen adorait le music-hall, qu’elle trouva plein de vie, de couleur et de fantaisie.

Helen Keller est désormais une célébrité mondiale. Ses livres sont traduits en plusieurs langues, ainsi qu’en braille. C’est en 1930 qu’elle commença ses voyages à travers le monde. Elle se rendit régulièrement en Europe, poussa jusqu’en Orient, s’intéressant inlassablement au sort des aveugles, parlant pour eux, recueillant de l’argent pour améliorer leur sort. Tous ceux qui avaient entendu parler d’elle s’empressaient d’aller la voir. Ils trouvaient une femme cultivée, très équilibrée, à la hauteur des circonstances. Nombre de pays lui décernèrent des diplômes honorifiques et des décorations.

Cependant, la santé de miss Sullivan, son institutrice, déclinait. Elle était presque aveugle et ne pouvait plus vivre sur le même rythme que la vigoureuse et bien portante Helen. Elle mourut en 1936, peu après une longue série d’opérations oculaires. La même année, ces deux remarquables femmes reçurent la médaille Roosevelt “pour l’œuvre d’un caractère unique et d’une portée incalculable accomplie en commun”.

Helen Keller toujours active malgré son âge avancée

À soixante-dix ans, Helen Keller garda encore une jeunesse physique et morale bien en harmonie avec l’extraordinaire histoire de sa vie. Aveugle, sourde et muette depuis sa plus tendre enfance, elle a réussi à surmonter ce triple handicap et à devenir l’une des personnalités les plus célèbres du monde moderne. C’est un vivant exemple pour ceux qui ont le bonheur de voir autant que pour ceux qui en sont privés.

Lorsqu’elle se rendit au Japon, après la Grande Guerre (1914-1918), les petits enfants des villages les plus reculés couraient au-devant d’elle en criant: “Helen Keller!” Son nom avait pénétré au plus profond de la jungle bien avant l’époque de la radio et du cinéma.

Touchée par le chaleureux accueil qu’on lui réserve partout, Helen Keller ne voulait cependant pas être traitée comme un être d’exception. Elle était convaincue que les aveugles devraient avoir la même vie et les mêmes activités que leurs frères humains, qu’on devrait les traiter pareillement et leur donner les mêmes responsabilités. Dans la paix profonde de son obscure prison, elle accumulait des forces et de l’énergie qu’elle dépensait pour ses compagnons d’infortune. Chaque année lui apportait un surcroît de sagesse et développait ses remarquables facultés.

Quelques années avant sa mort, miss Keller a vécu au milieu des bois, dans une vieille et charmante maison du Connecticut, à 80 km de New York. À un angle de la pelouse s’élèvait une lanterne japonaise en pierre de 2,50 m de haut, dans laquelle brûlait une flamme symbolique qui s’éteignit à la mort de miss Keller. Un sentier sinueux conduit du parc dans les bois. C’est là que miss Keller aimait se promener et méditer avec la seule compagnie de ses chiens. Pour guider sa marche, elle effleurait du bout des doigts une légère barrière rustique.

Miss Keller passait de longues heures dans son bureau, assise très droite devant sa machine à écrire. Elle lisait indifféremment dans l’obscurité ou à la lumière, comme tous les aveugles, qui dorment peu et ne distinguent pas le jour de la nuit. Au petit déjeuner, miss Thomson dépouillait la presse du matin et lui lisait les titres des articles. Miss Keller indiquait ceux qu’elle désirait connaître. Les textes qui éveillaient particulièrement son intérêt étaient parfois traduits pour elle en braille.

Elle sentait monter vers elle l’odeur des fleurs et des bois. Elle devinait s’il pleuvait ou neigeait, si le soleil brillait ou si le jour était gris. Elle savait quand jaillissait les premières pousses, quand fleurissaient les roses, quand tombaient les feuilles et quand s’élevaient, à l’automne, les fumées des tas de feuilles mortes et de branchages qu’on brûle. Dans ses appartements, qui étaient séparés du reste de la maison, elle se sentait complètement indépendante. Tout y était dans un ordre parfait. Elle entretenait elle-même sa salle de bains, faisait son lit, classait ses papiers et se montrait, parfois dès 5 heures du matin, toujours tirée à quatre épingles. Par les beaux jours, elle aimait à jardiner dès l’aube.

Le temps semblait avoir peu de prise sur elle. Avec son visage sans rides et ses cheveux à peine teintés de gris, elle paraissait extraordinairement jeune. Bleus et brillants, ses yeux n’avaient pas le regard vide des aveugles; ils étaient vivants et expressifs.

Helen Keller avait un esprit profondément religieux. Sa foi la soutenait au cours des heures de méditation pendant lesquelles elle se recueillait, loin de la vie active, dans ce silence abyssal que seuls connaissent les sourds, les aveugles et les muets. La lumière que projetait une forte personnalité, arrivée à son but par un travail acharné, rayonnait intensément autour d’elle.

“Je vis, disait-elle, dans l’attente d’un monde à venir, dans lequel toutes les contraintes physiques tomberont de moi comme des fers. Un monde où je retrouverai mon institutrice bien-aimée et où j’entreprendrai joyeusement des tâches toujours plus hautes.”