« Femmes après coup » témoigne des violences faites aux femmes

L’objectif principal de « Femmes, après coup » est de sensibiliser et d’informer sur la multiplicité des violences faites aux femmes et sur l’existence de solutions, ainsi que de mobiliser sur la conviction que les comportements violents et leurs conséquences peuvent être évités. Il s’agit également de donner une visibilité à nos actions de soins mais aussi de témoigner pour lever un tabou : montrer l’importance de « dire », de dénoncer et représenter les conséquences sociales des violences.

Comment procédez-vous lorsqu’une victime fait appel à vous ?

J. L. : Nous cherchons à travailler de concert avec des associations locales afin d’intervenir dans des domaines complémentaires (juridique, réinsertion socio-économique…) et d’offrir la possibilité d’une reconstruction pleine et entière. Les modalités de nos actions varient en fonction des pays et des problématiques rencontrées. Ainsi, au Guatemala, les femmes travaillant dans les maquilas (usines de sous-traitance fournissant les grandes compagnies occidentales) sont fréquemment victimes de harcèlement sexuel. Un test de grossesse est imposé avant toute embauche et l’accès au suivi gynéco-obstétrique des femmes enceintes leur est refusé.

Médecins, juristes, communautés : comment faire pour dépasser le statut de victimes ?

J. L. : La reconnaissance de ce statut et la qualité de la prise en charge initiale seront d’une importance cruciale dans la capacité ultérieure des femmes concernées à dépasser ce stade victimaire, pour entamer celui de la reconstruction. Ainsi, à Kalémie, en RDC, MDM signale les patientes (initialement prises en charges après des violences sexuelles) à une association congolaise, La Maison des femmes, qui va leur assurer un soutien juridique, psychologique, mais aussi une possibilité de réinsertion socio-économique.

Quels sont les moyens pour ces femmes de se reconstruire et de s’en sortir ?

J. L. : Dans le travail en réseau qu’elle effectue avec des structures locales partenaires, institutionnelles ou issues de la société civile, MDM cherche à donner aux femmes concernées, et à leurs communautés, les moyens de s’autonomiser et de lutter elles-mêmes contre ces phénomènes de violence. La reconstruction de ces femmes passe aussi par la perception que les autres, et notamment leur entourage, ont de la situation difficile dans laquelle elles se trouvent.

Il faut donc sensibiliser les communautés locales aux violences et à leurs conséquences sur la santé des femmes qui les subissent. Afin de toucher le plus grand nombre, les liens entre les communautés locales et les centres de santé sont renforcés : implication des hommes dans les programmes de lutte contre la violence, intégration de la problématique dans les programmes de santé materno-infantile, implication et formation du personnel soignant local.

Quelle est la place du conjoint ?

J. L. : La sensibilisation des hommes face aux conséquences dramatiques de ces comportements, et l’arrêt de l’impunité qui entoure ces actes, reste nécessaire. MDM utilise des plus en plus la terminologie « violences liées au genre » pour remplacer celle de « violences faites aux femmes », car cela met l’accent sur les spécificités socioculturelles attribuées aux personnes en tant qu’être sexués. Paradoxalement, mais en fait cela ne l’est pas, l’implication des hommes dans la lutte contre les violences faites aux femmes est d’autant plus importante : ils sont souvent les leaders de leurs communautés et peuvent porter une parole capable d’infléchir des perceptions et des comportements.

Propos recueillis par Claire Gilly

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