Des enfants bien élevés, pourquoi pas?

politesse

Quelques conseils qui vous aideront à améliorer le climat familial.

Depuis trente ans, comme psychologue et éducateur, j’essaie de convaincre les parents que la meilleure forme de discipline consiste à expliquer aux enfants pourquoi tel ou tel comportement n’est pas admissible et comment le corriger. Apprendre à l’enfant à bien se conduire passe par un principe essentiel et fort simple: lorsque vous êtes satisfait du comportement d’un enfant, récompensez-le en le gratifiant d’un sourire, d’un câlin ou d’une petite tape amicale sur l’épaule – n’importe quel signe qui le valorise à ses propres yeux.

Cette attitude fait merveille. Imaginez, par exemple, un gamin de quatre ans et son petit frère de deux ans accompagnant leur mère dans un grand magasin. L’aîné se retient de courir, de tripoter les jouets sur les rayons, de taquiner son petit frère. Comment en est-il remercié? Sa mère, ravie de profiter de ces quelques instants de calme, continue ses achats sans faire attention à lui. La conduite du gamin change-t-elle? Commence-t-il à galoper dans tous les sens? Aussitôt, la mère lui manifeste de l’attention… en le grondant. Sans le savoir, elle enfreint la «loi des croustilles molles».

Bien sûr, l’enfant préfère les croustillantes, mais, si on ne lui en donne que des molles, il les mangera quand même. En d’autres termes, l’enfant espère en général obtenir une attention bienveillante de ses parents; mais s’il n’y parvient pas, il se contentera de rapports conflictuels.

Malheureusement, les parents ont tendance à s’occuper davantage de leurs enfants lorsqu’ils font des bêtises, ce qui pousse ces derniers à continuer, puisque c’est ainsi qu’ils attirent le mieux l’attention.

Le problème essentiel est donc d’encourager les conduites positives chez l’enfant. Voici quelques conseils qui devraient vous y aider:

Établissez le contact

Trop souvent, entre parents et enfants, prédominent des conversations qui n’en sont pas, du genre: «Brigitte, enlève tes mains de ce meuble!», «Michel, combien de fois faudra-t-il te répéter de ne pas taquiner ta sœur?» Interdictions, interpellations qui se bornent à donner des ordres aux enfants.

Un bon moyen de nouer des relations avec son enfant est de lui raconter une histoire. Pourquoi les parents devraient-ils garder pour eux des incidents intéressants ou amusants de leur jeunesse? Les enfants adoreront les entendre parler d’une bêtise qu’ils ont faite étant petits, car ils pourront s’identifier à eux et en rire. Et ils se sentiront encouragés à se raconter à leur tour, à se confier plus facilement.

Il est également utile d’avoir des activités communes, pour le plus grand plaisir des petits. Ainsi, j’ai emmené les miens visiter la caserne des pompiers, le poste de police, l’imprimerie d’un journal. Ce sont des expéditions dont ils se souviennent encore avec plaisir.

Efforcez-vous d’établir des relations de confiance. Cela exige une grande sincérité à l’égard de l‘enfant, même si, temporairement, la vérité doit l’irriter ou l’effrayer. Si vous lui racontez, par exemple, qu’une injection ne fait pas plus mal qu’une piqûre de moustique et qu’il a l’impression d’être piqué par une guêpe, ne vous étonnez pas, ensuite, s’il met en doute votre parole sur des sujets importants! La confiance implique aussi que les promesses soient tenues. Si vous prenez un engagement, respectez-le scrupuleusement, c’est très important.

Récompensez la bonne conduite

Fixez des objectifs simples. Sachez dès le départ quelles attitudes vous souhaitez encourager ou, au contraire, décourager.

La maman qui souhaite être aidée davantage à la maison saisira le moment où l’enfant range ses vêtements pour le remercier d’un sourire ou d’un petit mot doux. En revanche, lorsque l’enfant fait preuve de mauvaise volonté, mieux vaut ne pas prêter trop attention à cette conduite «indésirable».

Il faut savoir, bien sûr, que ce qui motive un enfant peut n’avoir aucun effet sur un autre. On fera donc varier les récompenses: quelques pièces de monnaie pour l’un, un bonbon pour l’autre, ou un jeu avec les parents pour un troisième… De toute façon, les récompenses sont efficaces lorsqu’elles suivent immédiatement le comportement à encourager. S’il faut souvent y recourir au début, l’enfant saura très vite s’en passer, se satisfaisant d’avoir bien agi.

Passez des contrats

C’est une méthode qui a fait ses preuves: dès qu’il est assez grand, l’enfant décide lui-même de ce qu’il fera pour obtenir telle ou telle récompense. S’il a son mot à dire et s’il a, de plus, le sentiment que l’arrangement lui profite, il aura intérêt à le respecter. Pareil système tend à éliminer les disputes, puisque deux parties se sont mises d’accord sur les termes. Veillez seulement à n’effectuer le «paiement» qu’après et non pas avant. Ne vous laissez fléchir par aucune récrimination: l’enfant n’est pas obligé de prendre plaisir à respecter son engagement; on lui demande simplement de tenir parole.

Sachez éviter les pépins

Les enfants se retrouvent trop souvent dans un cadre uniquement réservé aux adultes; on laisse à leur portée des objets fragiles, quitte à se fâcher s’ils cassent quelque chose.

J’ai vu récemment, à un match de football, un père frapper son fils de deux ans parce qu’il se mettait debout sur son siège et lançait du pop-corn. L’homme aurait dû réaliser qu’il avait pratiquement tout fait pour provoquer un tel comportement. Aurait-il apprécié, lui, de se retrouver assis derrière des gens plus grands que lui, sans rien voir d’un spectacle d’ailleurs inintéressant?

Sachez prévoir les moments, en fin d’après-midi par exemple, où votre enfant a tendance à être fatigué ou capricieux. Proposez-lui quelque chose à grignoter, des activités tranquilles; parlez-lui avec douceur.

Respectez le besoin d’intimité des enfants. S’ils partagent la même chambre, aménagez un coin, un placard ou ne serait-ce qu’un tiroir où chacun d’eux pourra ranger ses affaires personnelles.

Avant de prendre la route, cherchez avec eux des idées pour rompre la monotonie du trajet. Emportez des jouets, des cassettes; proposez-leur des jeux d’observation ou des devinettes. Suivez l’itinéraire sur la carte et demandez-leur de trouver des endroits à visiter. Ils seront ravis de participer aux décisions.

Laissez-lui le temps de se calmer

En cas de crise grave, si votre enfant devient insupportable – s’il frappe un autre enfant, casse volontairement quelque chose ou jette de la nourriture – formulez clairement votre mécontentement, puis décrétez une pause et envoyez le coupable dans sa chambre. L’idée est d’introduire une sorte de rupture entre l’enfant et ce qui provoque sa conduite désordonnée. Cinq minutes d’isolement, ce n’est pas un manque d’attention, ce n’est pas non plus une récompense. C’est un entracte qui lui permettra de se calmer.

Si l’enfant refuse d’aller dans sa chambre, il faut l’y conduire fermement. Sauf s’il se met à tout casser (auquel cas il faudra évidemment sévir), ne vous occupez pas de ce qui se passe ensuite, sinon vous risquez d’être contraint à une épreuve de force. S’il proteste ou pleurniche, n’y faites pas attention. Une fois qu’il sera habitué à ces moments d’isolement, il finira par les accepter, et vous arriverez à lui imposer un comportement moins explosif.

Favorisez l’expression de ses sentiments

Il m’apparaît essentiel d’inciter les enfants à se confier, qu’il s’agisse de plaisirs ou d’ennuis, au lieu de tout accumuler en eux. Quand ils déballent ce qu’ils ont sur le cœur, on peut répondre à leurs besoins au lieu de s’interroger vainement sur leur humeur de chien, ou de supporter leur agressivité.

Les enfants hésitent à se fâcher ou à se plaindre, par crainte que leurs parents ne les aiment plus. Enseignez-leur que les mouvements d’humeur font partie des relations saines et normales. Aidez-les à exprimer ce qu’ils ressentent et à formuler leurs désirs ou leurs répulsions sans blesser personne.

Apprenez-leur aussi à se défouler physiquement, que ce soit en tapant sur un ballon ou en exprimant leur colère dans une peinture. Une fois qu’ils auront appris à reconnaître leurs mouvements d’humeur et à les exprimer de façon constructive, ils auront moins de peine à maîtriser leurs émotions.

L’enfant a besoin de comprendre et d’identifier ce qu’il ressent. Il faut donc l’écouter attentivement, c’est-à-dire s’efforcer de saisir ce qu’il veut dire, l’interpréter à votre façon, puis lui renvoyer cette interprétation afin de vous assurer qu’il n’y a pas de malentendu.

Un enfant a besoin de sentir que vous voulez bien vous mettre à sa place et prendre ses sentiments au sérieux. S’il vient de rater une dictée et qu’il dit: «Je suis nul! J’ai horreur des dictées!», ne l’encouragez pas dans cette conduite d’échec. Ne lui faites pas non plus de sermon du genre: «Tu n’as qu’à travailler un peu plus.» Décodez plutôt son message, et dites-lui: «Je comprends que tu sois contrarié et que tu te fasses du souci pour tes prochaines dictées.» De la sorte, il sentira que vous êtes de son côté et sera plus réceptif à vos conseils.

Si vous grondez l’enfant, employez le «je». Les mécontents se servent trop souvent du «tu», en lançant des phrases comme: «Tu rentres toujours en retard.» Par cet emploi de la deuxième personne, ils portent un jugement à priori qui peut inciter l’enfant à se mettre sur la défensive. Au contraire, en parlant à la première personne, vous lui expliquez ce que vous inspire personnellement sa conduite. Par exemple: «Je suis… (inquiète) quand tu… (vas jouer chez un copain sans me prévenir), parce que je… (me demande s’il ne t’est rien arrivé).»

 

Cette façon d’expliquer les choses contribue à maintenir l’indispensable communication avec vos enfants. Il peut sembler paradoxal d’assimiler ces méthodes à une discipline, mais tout s’éclaire lorsqu’on fait la distinction entre discipline et punition. L’important est d’avoir à l’esprit l’intérêt de l’enfant et ce que votre réaction lui apprend.

Lorsqu’on se préoccupe davantage de leurs forces que de leurs faiblesses, les enfants réagissent de façon positive et le climat familial s’en trouve grandement amélioré. En somme, tout le monde y gagne.

Source: Fitzhugh Dodson, Sélection Reader’s Digest, Août 1988