ARGANIER

Dénominations  scientifique :

Argania spinosa (L.) Skeels

famille des Sapotacées.

Il était appelé précédemment Sideroxylon spinosum, puis Argania sideroxylon.

Noms vernaculaires :

– arganier, argane ;

– argan (désigne soit l’espèce, soit l’huile tirée de son amande) ;

– bois de fer.

Origines biogéographiques et histoire de l’arganier

L’arganier semble être une espèce-relique ; le dernier survivant d’une famille d’arbres tropicaux (sapotacées). Il se serait répandu au Maroc durant l’ère tertiaire alors que le climat était chaud et tempéré[2], et alors qu’existait vraisemblablement une connexion entre la côte marocaine et lesîles Canaries. Il se serait alors répandu sur de vastes étendues, du Maroc à l’est de l’Algérie.

Au quaternaire, il aurait été refoulé vers le sud-ouest lors de la phase glaciaire. Cela expliquerait l’existence actuelle de quelques colonies dans la région de Rabat (région de Khémisset) ; au nord du Maroc, près de la côte méditerranéenne dans les monts Béni-Snassen, au nord-ouest d’Oujda ; et en Algérie, à 120 km au nord de la ville de Tindouf (44 000 hectares).

S. Aziki estime que des forêts d’arganier plus vastes et denses existaient autrefois, mais qu’elles ont été dégradées par l’homme et ses troupeaux domestiques Description

Les fruits

 

L’arganier est un arbre aux rameaux épineux – d’où son nom spinosa qui signifie « épineux »  – de 8 à 10 m de haut, aux feuilles atténuées en un court pétiole, très résistant et qui peut vivre de 150 à 200 ans. Il est parfaitement adapté à l’aridité du sud-ouest marocain et sa silhouette est caractéristique : cime large et ronde, tronc noueux, tortueux et assez court, souvent formé de plusieurs parties entrelacées.

                  

L’arganier fournit un bois très dur, appelé bois de fer, utilisé essentiellement comme bois de chauffage. L’arganier possède des mécanismes qui limitent ou ralentissent la chute du potentiel foliaire et relèvent de la stratégie d’évitement. L’arbre ne perd ainsi ses feuilles que transitoirement, en cas de grande sécheresse].

Les fleurs blanches à jaune verdâtre sont hermaphrodites, gamopétales à tube très court et sont réunies en glomérules. Elles apparaissent en mai-juin.

           

Le fruit, l’affiache, est une fausse drupeovale, fusiforme de 30 mm de long environ, jaune-brun à maturité contenant une noix très dure abritant deux ou trois « amandons ». Un arbre en produit environ 8 kg par an. Les feuilles, vert sombre et coriaces, sont consommées par les dromadaires et les chèvres qui grimpent dans les arbres où elles mangent de jeunes pousses et le fruit, laissant le noyau qu’il contient.

Son système racinaire est particulièrement profond mais dépourvu de poils absorbants (racines « magniloïdes ».Il profite d’une symbiose avec différents types de champignons pour pallier cette déficience, seuls ces derniers pouvant apporter les différents nutriments à l’arbre.

La reproduction artificielle et la mise en culture de celui-ci nécessite ainsi l’inoculation de plusieurs espèces de champignons au niveau de ses racines. L’aire géographique de l’arganier bénéficie d’une forte humidité, tant par les précipitations saisonnières que par une fraîcheur relative, que l’arganier piège et restitue au sol

           

Aspects culturels

Cet arbre traditionnellement mythique et sacré est considéré comme le père de tous, don de Dieu]… Mais c’est aussi parfois un Satan (en tant que source de conflits d’usages). Il a une dimension magique qui a marqué diversrituels (annuels ou saisonniers) ; les horoms (sacres) qui prennent diverses formes selon les communautés [.

La population amazighe (berbère) de l’Atlas utilise l’huile d’argan pour ses vertus alimentaires et cosmétiques. Avec le thé, l’huile d’argan accompagnée de miel est offerte aux invités en signe d’hospitalité, dans la région du Souss.

Des codes d’exploitation ont été créés par la coutume, parfois transcrits en règles écrites sur des planches (« louhs » chez les Berbères de l’ arganier). Ainsi, les coupes non justifiées, sans accord préalable de l’assemblée locale, sont sanctionnées par des amendes. Les règles écrites sont conservées dans l’Agadir communautaire (Agadir désigne le « grenier collectif fortifié » Entachelhit)

L’huile d’argane fait l’objet d’une Indication Géographique Protégée, publiée au bulletin officiel N°5805 du 18 janvier 2010.

                     

Arganiers et chèvres

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 Chèvres dans un arganier ; l’arganier est aussi un « pâturage aérien » qui assure en tout lefourrage d’environ 2 millions de ruminants

Article détaillé : Agriculture au Maroc.

Les chiffres approximatifs de l’argan :

·     2 000 personnes travaillent dans les coopératives marocaines consacrées à l’huile d’argan.

·     La production annuelle est de l’ordre de 2 500 à 4 000 tonnes

·     800 000 hectares plantés. Perte de 600 ha/an de la surface plantée depuis le début du siècle dernier en arganiers.

·     La densité d’arbres par hectare varie suivant la région : de 250 arbres par hectare à 150 km au nord d’Agadir dans l’Atlas et environ 40 arbres dans le désert bordant la région de Gulimime (Anti-Atlas)

·     Un arbre produit, chaque année, de 10 kg à 30 kg de fruits environ

·     Il faut environ 38 kg de fruits (affiache) ou bien 2,6 kg d’amandons pour produire 1 litre d’huile .

·     Il croît quasi exclusivement au Maroc (très peu sur la frontière algérienne).

·Habitat et distribution géographique

On le trouve dans des zones où la pluviométrie est très variable (annuellement et inter annuellement). Peltier (1982) estime que l’actuelle arganier concerne plusieurs unités et étages bioclimatiques : Bien que survivant dans des zones semi-aride fraiches, et dans les zones subhumides dans la montagne du Haut-Atlas (où l’air est relativement sec, mais où il pleut plus et où la neige joue le rôle d’accumulateur-tampon d’eau régularisant les nappes), il s’épanouit dans les zones tempérées du sud (plaine du Souss).

S’il est peu exigeant en matière de sol, il semble apprécier l’air humide (influence océanique), ses plus belles forêts (hauteur, densité et nombre d’arbre, vigueur et densité du feuillage et hauteur) sont établies sur le littoral marocain (entre Agadir et Essaouira).
L’arganeraie est très clairsemée en zone aride sur l’anti-Atlas et notamment sur les versants donnant sur le Sahara.

Aujourd’hui la plus grande concentration d’arganiers se trouve dans la région du Souss où elle couvre près de 800 000 hectares, soit 14,25 % de la forêt du Maroc.

Dans cette région, l’aire de l’arganier s’étend de l’oued Tensift au nord, à Tiznit et Tafraout au sud, et aux abords du djebel Siroua à l’est. L’arganier pousse depuis le niveau de la mer jusqu’aux environs de 1 500 m d’altitude.

Depuis 1998, une zone de 830 000 hectares entre Agadir et Essaouira a le statut de « réserve de biosphère » octroyé par l’UNESCO pour protéger l’ arganier, Réserve de biosphère de l’arganier .

 Problèmes de l’arganier:  Chèvres sur l’arganier

Au rythme de sa régression, l’arganier est à terme menacé de disparition, et les signaux d’alarme se multiplient à propos de diverses formes d’agressions ;

1.   L’ arganier régresse en termes de superficie et surtout de densité : en moins d’un demi-siècle, la densité moyenne de l’arganier nationale est passée de 100 arbres/ha à 30 arbres/ha, tandis que les superficies couvertes régressaient en moyenne de 600 ha par an

2.    La construction de l’aéroport international d’Agadir et de la route le reliant à Agadir ont détruit plus de 1000 hectares des plus beaux massifs forestiers d’arganier d’Admin et de Mseguina.

3.   L’aire de l’arganier se dégrade aussi sous l’effet conjugué de l’accroissement de la population (surtout autour d’Agadir), de l’apparition des cultures intensives (notamment le maraîchage sous serres).

4.   Utilisation sauvage du bois d’arganier pour produire du charbon de bois.

5.   Manque de collaboration entre les principales parties concernées (les aménageurs forestiers et les chercheurs universitaires) pour mettre en place des projets de transplantations.

6.   Absence de moyens modernes de production de l’huile d’arganier, et mauvaise conditions de commercialisation de celle-ci.

7. Quelles perspectives pour l’arganier ?

La problématique et l’enjeu sont donc actuellement, non seulement d’enrayer le processus de régression de l’arganier, mais aussi de replanter une partie de ce qui a été perdu, afin que l’arganier redevienne ce qu’il a toujours été : un pivot dans un système agraire traditionnel, basé sur l’exploitation de l’arbre, l’élevage et la céréaliculture.

Les problèmes de l’ arganier étant essentiellement dus aux conséquences d’une interaction irrationnelle de l’homme avec son milieu environnant dans cette aire, il semble que toute politique de réhabilitation de cette espèce végétale, si elle veut connaitre quelque chance de succès, doit obligatoirement s’attacher à rationaliser cette intervention de l’homme sur la nature, et donc s’articuler nécessairement autour des actions ou objectifs prioritaires suivants :

·     information et sensibilisation des usagers, mais aussi de toute l’opinion publique nationale, sur les spécificités, l’importance et l’intérêt de la conservation de cet arbre ;

·     replantation et développement de l’arganier, par l’allocation des moyens nécessaires aux travaux de recherche scientifique en cours sur les techniques de reproduction et de transplantation, par la mise au point de techniques appropriées d’exploitation et de valorisation des produits de l’arganier ;

·     ouverture sur des coopérations internationales, pour financer tous les projets de replantation, et il serait utile que le Maroc cherche des coopérations étrangères pour accélérer les replantations ;

·     limiter l’exploitation de l’arganier par la mise en place d’un calendrier annuel, afin de laisser cet arbre se développer naturellement.

·     limiter l’exportation afin que les usagers puissent bénéficier des bienfaits de son huile, dont la raréfaction dans la région même de l’arganier interroge. Les bénéficiaires ne sont plus les producteurs et de moins en moins les consommateurs.

Collectivités locales

La production d’huile d’argan représente une ressource économique très importante pour les coopératives actives dans l’arganier. Ces coopératives ont des méthodes de fonctionnement aussi variées qu’il en existe. Certaines ont des pratiques issues du commerce équitable et peuvent être en partie financées par de grands organismes.

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