APPRENDRE À SON ENFANT À DEVENIR UN BON COMPAGNON POUR SOI-MÊME

Nous sommes nés dans une culture qui nous a appris que l’autre est plus important que nous.

Nous donner de l’importance est trop souvent synonyme d’égoïsme. On entend alors des paroles culpabilisantes: «On sait bien toi. tu ne penses qu’à toi…».

Être un bon compagnon pour soi

«Mieux vaut un égoïsme bienveillant qu’une générosité piégée», me disait un ami. L’estime de soi, c’est la conscience de la valeur personnelle que je me reconnais dans différents domaines. Les gens qui s’aiment bien ont la capacité de s’engager. Ils sont plus ouverts, capables de confronter et d’être confrontés, plus créatifs, expressifs et courageux. Ils aiment prendre des risques et expérimenter la différence.

De nombreuses recherches établissent que l’estime de soi aide à prévenir les comportements non désirés et non désirables, les difficultés d’apprentissage, et qu’elle protège de la dépression et des idées suicidaires.

Une enquête récente réalisée par l’institut de la Statistique du Québec sur la santé mentale et l’adaptation sociale des adolescents et des adolescentes québécois indique un taux inquiétant de détresse psychologique (nervosité, stress, colère), d’idées suicidaires sérieuses, de violences subies (par les filles) et infligées (par les garçons). Bien que plusieurs personnes estiment que c’est aux parents à stimuler l’enfant dans la perception de sa valeur personnelle, l’école n’aurait-elle pas un rôle à jouer?

Relations de qualité

Ce n’est pas d’aimer l’autre qui est le plus beau cadeau que nous puissions lui offrir, mais de lui permettre de s’aimer lui-même par la qualité des relations que nous lui proposons. L’origine de l’estime de soi se retrouve dans la qualité des relations que nous avons eues dans notre vie. Quelles relations proposons-nous à nos enfants?

Le processus de conscientisation constitue un aspect important dans l’estime de soi. Il ne suffit pas de faire preuve de grandes qualités, de compétence ou de talent pour avoir une bonne estime de soi, il faut de plus en être conscient. L’adulte (le parent, l’enseignant) en nommant les gestes positifs ou les succès de l’enfant et en faisant en sorte qu’il en garde le souvenir permet à l’enfant de se construire.

Besoin de se dire

Cinq grands besoins relationnels guident le développement individuel. La capacité que nous avons de les combler détermine la qualité de notre estime personnelle. Le premier besoin est celui de «se dire». Les mots nous relient au monde et nous libèrent. «Se dire» avec ses propres mots permet de se réapproprier sa parole afin de la faire sienne. Catherine Enjolet dans son livre En danger de silence parle du lien entre les taux de suicide chez les jeunes et le silence des mots.

Besoin d’être entendu

«Être entendu» est le second besoin. «Je tente de dire que j’ai vécu une violence de la part de mon petit ami et on me dit que cela n’est pas grave…» L’enfant ne se sent pas entendu!

La confirmation est un outil fabuleux qui amène l’enfant dans la satisfaction de son besoin fondamental d’être entendu et d’être reconnu dans sa différence et son unicité. La confirmation commence par un «Oui ….». Ceci permet à l’enfant de s’entendre, de prendre conscience de son propre regard et de se responsabiliser.

Les questions posées sont souvent une façade. Derrière les questions, l’enfant cherche à mieux s’entendre. En pratiquant la confirmation «Oui, j’entends que… peux-tu m’en dire plus?», nous ouvrons la porte à plus d’échanges.

Besoin d’être reconnu pour qui je suis

Être reconnu pour qui je suis est le troisième besoin relationnel. Même si nous avons reçu beaucoup d’amour, nous avons souvent été reconnus pour ce que nous faisions et non pour qui nous étions. De plus, si nous étions bons à l’école, la réussite nous amenait la reconnaissance mais aussi la perte du droit à l’erreur.

Et si nous étions un élève en difficulté ou peu doué pour les matières scolaires, le système en place ne valorisait pas suffisamment les autres domaines de compétences extra-scolaires.

La confiance d’un enseignant dans le potentiel de l’enfant peut transformer un élève dans la perception de sa valeur.

Besoin d’être valorisé pour ce que je fais

Pourquoi ne pas valoriser la production, quelle qu’elle soit? Apprendre à ne pas seulement souligner les erreurs, mais faire ressortir et mettre en évidence les réussites. À l’école, avec un crayon bleu, on pourrait encadrer les mots corrects que l’enfant a écrits et utiliser le crayon rouge pour pointer les erreurs, de façon à attirer l’attention sur les ajustements qu’il appartiendra à l’enfant de faire? Pourquoi ne pas parler «d’erreur» ou de «différence» plutôt que de «faute»

Il est normal de faire des erreurs, c’est d’ailleurs une belle opportunité de faire des apprentissages.

Besoin d’influencer

Le sentiment d’exercer une influence sur notre environnement, de savoir que notre point de vue a de la valeur, est également un besoin relationnel. Permettre à l’enfant de se dire et d’être entendu dans les situations où il est impliqué, l’autoriser (le rendre auteur) à prendre sa place et à influencer les décisions prises. Utiliser l’écharpe relationnelle pour illustrer que dans une relation à trois parties (toi, moi et la relation) nous sommes responsables chacun à notre bout de ce que nous transmettons, mais aussi et surtout de ce que nous acceptons de conserver.

Apprendre à mieux gérer la relation avec autrui

Voici quelques règles d’hygiène relationnelle qui, appliquées au quotidien, favorisent l’augmentation de l’estime de soi chez nos enfants.

Elles pourraient être présentées, visualisées avec l’écharpe relationnelle et mises en application dans la gestion des relations à l’école:

  • prendre le risque de parler de moi à l’autre
  • ne plus laisser l’autre parler sur moi
  • ne plus me laisser polluer par les messages qui ne sont pas bons pour moi, car ces messages blessent la vie, diminuent l’énergie, diminuent l’amour de moi
  • accueillir les messages cadeaux car ces derniers agrandissent la vie, l’énergie et l’amour de moi

VIVRE, C’EST… Prendre le temps d’identifier les qualités de mon enfant.

À chaque fois que l’occasion se présente, je mets en valeur les qualités de mon enfant pour l’aider à renforcer la confiance qu’il a en lui-même.

Source: FORTIN, Janine